vendredi 26 octobre 2007

The Hives en noir, blanc et en interview




C’était début septembre, durant les premiers matchs de poule de la coupe du monde de rugby (un moyen mnémotechnique comme un autre), The Hives était à Paris pour le tour de promo habituel. J’avais rendez-vous à 11h du matin et je devais écouter le disque à 10 h pour essayer de poser des questions pas trop bateau. Bien sûr, l’employée américaine d’Universal qui se baladait avec l’album sur son portable s’est réveillée à 10h50, l’interview a commencé dix minutes et quatre chansons plus tard.
Pas très grave. Dès la première écoute, j’ai senti que les Suédois, loués par l’Amérique d’Outkast (André 3000 aurait composé “Hey Ya” en sortant d’un de leurs concerts) et de Timbaland, avaient (consciemment ou non) pris en compte cet intérêt. Quelques morceaux de The Black And White Album sentent le faux punk rock à la MTV – ce qui est plutôt honteux pour un groupe comme The Hives qui représentait jusque-là une sorte d’orthodoxie garage’n’roll – mais on retrouve aussi cette propension à pondre des hymnes débiles et jouissifs (le single “Tick Tick Boom”), donc on passe l’éponge. On notera la présence d’un autre fan bling bling, Pharrell Williams, qui produit deux titres, dont le discoïde et sympathique “T.H.E. H.I.V.E.S“ Comme m’a dit un des deux guitaristes en partant se faire photographier avec le reste de la troupe, « tu verras, c’est un album à écouter en buvant des bières ». (Il était dix heures du matin et lui était à l'Evian comme le reste du groupe)

Passons maintenant à l’interview avec Pelle Almqvist, chanteur à la bonne bouille, et Chris Dangerous, batteur moins fou que la moyenne. Les deux sont couchés SUR le lit et m’invitent à les rejoindre pour que mon micro capte mieux. C’est parti.

Je viens d’écouter le morceau disco produit par Pharrell… Un moyen de toucher un autre public ?

Pelle : C’était très amusant à faire. Nous avions décidé avant d’enregistrer cet album que nous nous permettrions d’aller dans toutes les directions qui nous attiraient. Et donc un peu dans le disco. Il y a assez de rock sur ce disque de toute façon. Et nous n’avons pas le devoir vis-à-vis de nos fans de rester les mêmes. Ou alors on serait les mêmes depuis 1993 et personne ne s’amuserait.

Chris : Nous voulions nous détacher des genres. Ce morceau est un peu comme “Miss You” des Stones, ça reste une belle chanson. Et puis ce n’est pas comme si on avait enregistré avec les Bee Gees ! Non, nous n’avons pas pensé à faire ça pour toucher un nouveau public : nous avons toujours considéré que notre musique était pour tous.

Travailler avec Pharell, c’était comment ?

Pelle : Très amusant et ça nous a aidés avec le reste. Depuis, on écrit plus… quitte à jeter plus vite nos idées à la poubelle. En même temps, le problème est différent, tout ce qu’on écrit est bon. On ne peut rien jeter car nous avons une très haute opinion de nous-mêmes ! (je ne peux pas restranscrire l’ironie de cette phrase, je confirme donc : il plaisante. Au moins à moitié)


Comment expliquez-vous cette fascination qu’exerce votre musique sur la scène hip hop américaine ?

Pelle : Ce n’est pas très surprenant, finalement. On a compris pourquoi : si tu joues un morceau hip hop à la guitare électrique et deux fois plus rapidement, ça sonne comme The Hives. Prends les riffs de Dr Dre ! Depuis longtemps, la plupart de nos idées de production viennent du hip hop.

Chris : Un point commun entre les prod’ hip hop et notre musique est sans doute la simplicité. On n’aime pas mettre beaucoup de choses dans notre musique, on préfère quatre ou cinq éléments. C’est comme ça qu’on apprécie les autres groupes de rock : Ramones, AC/DC.

Pelle : La musique est meilleure quand elle est minimale, qu’il y a peu d’ingrédients. Comme pour faire de meilleurs cookies.

L’idée centrale de The Hives reste le fun… (je sais, ce n'est pas une question)

Chris : oui, ce qui nous importe est de divertir les gens.

Pelle : C’est bien si tu peux glisser dans ton rock’n’roll des idées, de l’intelligence, mais le fun prime. Si tu fais juste des trucs intelligents, ça ne va pas fonctionner.

Appeler son album The Black And White Album, ce n’est qu’un gag ?

Pelle : Je ne sais pas. Beaucoup de choses qu’on fait semblent drôles aux gens de l’extérieur alors que, à nous, elles ne nous font pas rire. Ça peut sembler absurde ou ridicule, pourtant nous sommes totalement sérieux. Ce titre collait juste au disque parce qu’il n’y aucun compromis. Et puis c’est l’album dont la pochette est en noir et blanc…

Porter un costume, ça fait partie de l’identité de The Hives.

Chris : Ça fait aussi partie de notre préparation avant de monter sur scène : se changer et être prêt. C’est comme sortir de la cabine téléphonique en tenue de Superman. Nous nous sentons différents.

Pelle : On s’habille comme ça depuis tellement longtemps qu’on ne peut pas mettre des fringues normales.

Apparemment, vous kiffez grave la vibe avec Jack White ? (mais non, c’est pas la vraie question…) ?

Chris : oui, nous avons beaucoup de choses en commun avec les White Stripes.

Pelle : Déjà le dress-code et les sons de guitare. La première fois qu’on s’est rencontrés c’était évident qu’on avait plein de choses en commun. Comme si on se connaissait déjà. On a grandi tous dans une ville industrielle et on aime le rock’n’roll.

Et avec Maroon 5 avec qui vous allez partir en tournée ? (rappelons que Maroon 5 est un ramassis de nuisibles. Une vision de l’enfer ? Imaginez un "duo" de ces popeux chewing gum au goût écoeurant avec James Blunt l’infâme romantique à trois neurones)

Chris : Pour le dernier album, la tournée était trop facile. On montait sur scène et les gens nous applaudissaient. A nos débuts, on allait jouer dans n’importe quel endroit qui voulait bien de nous. On aime quand notre présence emmerde les gens : si à la fin du concert, tu as gagné 50 personnes à ta musique, c’est terrible. Maintenant, on va jouer dans des stades devant 50 000 personnes. Une chose amusante.

Vous avez signé avec une major du disque il y a trois ans, comment ça se passe ?

Pelle : Pour nous, même si on travaille avec une major, on s’amuse encore plus qu’avant.

Chris : oui, il n’y a pas de bullshit, ils veulent faire de l’argent, nous on veut sortir des disques.

Pelle : C’est une relation de travail, ils veulent vendre le plus de disques possible et on ne voit aucune objection à ça. En fait, sur un petit label, les choses sont encore plus compliquées. Il y a aussi des inconvénients, ils vont se consacrer à notre disque que quelques semaines avant de passer à autre chose, comme les Pussycat Dolls !

http://www.myspace.com/thehives


Ici le clip de “Tick Tick Boom” : http://www.youtube.com/watch?v=xRNwueXuAPY



Ici, http://www.youtube.com/watch?v=tu4XawBelwg, enregistré pour la télévision suédoise, un medley de leurs chansons préférées des dernières années. Outre les leurs, celles de leurs potes (des Hellacopters ou des White Stripes), quelques surprises : un morceau de Saul Williams d’entrée, “Hey Ya” pas loin… Dix minutes terribles.








4 commentaires:

Glorb a dit…

Autant j'aime bien les Hives en album parce que ça rocke clairement et sans ambiguités, autant j'ai été déçu par le concert que j'ai pu voir aux eurocks où Pelle passait son temps à haranguer la foule au lieu de jouer. La première fois qu'il dit "les hives, les meilleurs de le monde", tu rigoles. A la 20e fois, tu t'ennuies un poil et c'est un peu dommage. Je pense qu'ils gagneraient à faire des concerts efficaces de chansons quasi enchainées. Là ça faisait juste tout retomber à chaque fois.

Oslav Boum a dit…

Ahn ça c'est chiant. ça me rappelle dans un autre genre Gang Starr faire pareil pendant une heure, insupportable.
Regarde le medley, il est assez diabolique !

Glorb a dit…

plutot rigolo en effet ce medley :)

Oslav Boum a dit…

Le meilleur medley que je connaisse...