samedi 18 décembre 2010

Blind Test avec !!!


C'était un matin de juillet. Fatigue, jet lag, gueule de bois… Nic Offer (4e en partant de la gauche sur l'image), le chanteur de !!! envoyé en émissaire, avait plein d’excuses ce matin-là pour être largué. Au contraire, il m'a étonné et, malgré lune bonne blague scabreuse, s’est affirmé comme un sacré client.
Il ne faut pas se fier aux caractères hédoniste et euphorisant de Strange Weather, Isn’t It ?, conçu en partie à Berlin. Ce cocktail secoué dance-rock (appellation par défaut) abrite une bande d’érudits, à l’aise sur tous les terrains, dont les plus expérimentaux.

Klaxons “Flashover” 2010



"Leur premier album a été un des mes favoris niveau brit-pop. Ils ont une vraie fraîcheur, un sens de la mélodie que j’aime beaucoup.
Ce morceau sonne un peu pareil que ce qu’ils ont sorti avant, sauf qu’ils ont enclenché le bouton Ross Robinson (producteur metal, impliqué sur l’album, ndr).
Je ne comprends pas pourquoi ils ont travaillé avec lui. Robinson, je crois qu’il essaie de te faire pleurer en studio avant de te faire enregistrer ta partie de guitare… Il ne m’avait guère impressionné en produisant The Cure.
En même temps, je crois que The Cure a arrêté il y a longtemps d’écrire de bons disques. Pour revenir aux Klaxons, ils sont sous pression et très attendus, c’est peut-être pour ça que Robinson a été sollicité… "

Einstürzende Neubauten "Haus der Lüge" (1989)



"Des punks arty avec de grandes idées… ils ne pouvaient venir que de Berlin. Bien sûr que je peux prononcer correctement le nom de ce groupe (il s’exécute, ndr) !

Ce qu’ils font nécessite quand même que tu sois dans une humeur propice. Difficile parfois d’écouter un album entier ! Mais leur musique ne m’a jamais semblé étrange.

Notre ingénieur du son à Berlin nous a raconté plein de choses sur ce groupe. Par exemple, Einstürzende Neubauten a enregistré avec le producteur Gareth Jones qui a enchaîné juste après avec Depeche Mode. Dans ses bagages, Jones avait un clavier rempli de samples de Neubauten. Ça a tellement plu aux mecs de Depeche Mode qu’ils ont composé leurs chansons pop avec. Mais leur album à eux était naze…"



Talking Heads “Zimbra” 1979



"Tu peux voir une très bonne version live sur youtube,chez David Letterman. Sur album, elle est bien, mais en live ils la jouent avec plus de muscles.

Parmi tous les groupes auxquels on a été comparé, c’est vraiment celui que je respecte le plus. Ils sont très excitants comme Bowie ou Blur, parce qu’ils ne font que de changer. Leurs rares ratés surviennent justement dans les périodes où ils n’ont pas évolué.

David Byrne peut être considéré comme un héros, il fait partie de ceux dont on continue à écouter la musique… à part peut-être son dernier projet avec Fatboy Slim. Il s’occupe aussi de Luaka Bop, un label dont certaines références ont changé ma vie. Comme le best of de Tom Zé. Quand la fille d’Allan (autre membre de !!!, ndr) est née, je lui ai acheté cinq cds dont celui-là".

Bonus


Jimi Hendrix “Mannish Boy” 1969



"C’est Jimi Hendrix ? Plutôt vers la fin, non ? J’ai des morceaux de lui dans mon Ipod.
Bien sûr, quelqu’un d’important. Mon album favori a toujours été Axis Bold As Love.

Une histoire amusante, la dernière fois que j’étais à Paris, j’allais chier et je voulais y aller en écoutant de la musique, j’ai mis « Voodoo Chile » (qui dure un quart d'heure) je suis descendu au lobby en disant « i take a Voodoo Chile shit ». Voilà, mon histoire sur Hendrix...

C'est quelqu’un que tu gardes à l’esprit au titre de l’inspiration. Même si tu ne sonnes pas comme lui. Il est utilisé comme l’instrument de mesure dès qu’il s’agit de parler de quelqu’un qui utilise son instrument différemment. aussitôt c’est « man, c’est le Jimi Hendrix de l’accordéon »".

Arthur Russell “Let’s Go Swimming” (Walter Gibbons mix) 1986



"Tout le monde s’excite un peu trop à son sujet. Il a écrit de très belles chansons comme “That’s Us/Wild Combinations” mais il existe des producteurs de disco plus incroyables, auteurs, sans prétention, de morceaux plus excitants que les siens.
A propos de Russell, les gens se complaisent dans le théorique : « voici du disco qui n’est pas frivole, de l’art véritable». Ce qui est vrai, c’est que le disco reste sous-estimé en tant que musique cérébrale. Alors que, à partir du moment où tu mets un beat, tu peux ajouter tout ce que tu veux, dont des choses très intellectuelles".

Aphex Twin, "Come to Daddy" 1997



"Ça fait longtemps que je n’avais pas écouté ce morceau. Non, je ne l’ai jamais rencontré. Le côté amusant d’avoir été signé sur Warp Records, ça a été de nous retrouver à côté des quelques artistes électro qui nous avaient inspirés. Comme nous venions du punk, les boîtes à rythme et les synthés n’étaient absolument pas autorisés, ce n’était pas du tout cool. Aphex Twin et Daft Punk ont été les premiers artistes techno que j’ai pu apprécier malgré mes racines punk".

David Bowie “Warszawa” 1977



"Ah, je pensais que c’était la chanson des Walker Brothers, « The Electrician », une chanson des Walker Brothers. Ce qui est bizarre avec Low, c’est que je n’ai jamais écouté sa deuxième partie.

J’aime les trucs ambient de Brian Eno mais pas quand il en composait avec Bowie, comme ici. Les mélodies sont moins subtiles, trop grandioses.

En fait, mon album berlinois préféré, c’est The Idiot. Le côté brut et primaire d’Iggy, le cerveau de Bowie, la synthèse parfaite.

En partant à Berlin, nous ne voulions pas imiter ces gens-là, ça aurait été un échec. L’idée était de ramener quelque chose de neuf.

J’aurais bien aimé que l’on collabore avec Eno, quelqu’un de Warp lui a fait suivre un de nos albums – pas mon préféré, hélas. On m’a expliqué qu’en écoutant un groupe, Eno réfléchit instantanément à ce qu’il peut lui apporter. Cela dit, qu’est-ce qu’il a cru pouvoir faire avec Paul Simon ou Coldplay ? Il est arrivé à un moment de sa carrière où il semble davantage là pour recevoir des récompenses qu’innover (au moment de l'interview, Nic semble ignorer que le prochain Eno sortira sur Warp)


En mini bonus "The Electrician" des Walker Brothers



Pour finir le clip d'"AM/FM" de !!!

jeudi 25 novembre 2010

Des kilos de mangas

(ci-dessous autoportrait d'Hokusai que l'on trouve au musée du Louvre)


Ça sert toujours à quelque chose d’être un ignare. On peut découvrir à n’importe quel moment un artiste à la carrière phénoménale, être ébloui par ses œuvres toute une journée. puis les semaines qui suivent. Après, faut pas clamer trop fort - "je viens de de faire connaissance avec un génie mort il y a trois siècles… ah, tu, il est connu ?". Ou alors adopter l'humble position de l'inculte et se flageller à coups de bambou en se repentant. Troisième solution : se foutre de son ignorance et se féliciter d'être enfin en contact avec ladite oeuvre.

C’est ce qui m’est arrivé – l’ignare c’est moi et plutôt deux fois qu'une– dimanche dernier en lisant le manga de Shotaro Ishinomori retraçant la vie d’Hokusai, maître de l’estampe japonaise du XVIIIe-XIXe siècle.
Sur près de six cent pages, y est donc racontée la folle vie d’Hokusai, dessinateur et artiste éternellement insatisfait qui n’a cessé de chercher son style et, pour symboliser ces étapes, a changé de nom à tour de bras (il aimait signer « le vieux fou de la peinture »).




Ishinomori (mort en 1988 !) dont le style est dynamique et formidable, montre l’exigence du jeune peintre et graveur, ses aspirations, les travaux alimentaires puis le moment où il devient un auteur à la mode. Ses peintures érotiques lui valent pas mal de groupies, son nom est sur toutes les lèvres, il fait école, a des disciples. Mais très vite, il casse tout, offre son nom de vedette à un autre pour mieux redémarrer. Non seulement ce manga est passionnant mais il laisse voir au détour des pages des œuvres du vrai Hokusai. Un peu comme si Li-An, David B ou Emmanuel Guibert dressait la vie de Gus Bofa en reproduisant ses dessins…. Enfin, au sujet d'Ishinomori, je n'ai pas encore compris s'il a inclus des vraies reproductions ou a carrément imité les estampes originales.


En effet, les estampes d'Hokusai étaient en couleur, au contraire du manga - ignorant, je vous ai prévenu.
Ici, un classique - on me l'a dit -d'Hokusai (personne ne suit, bon sang) :
"La grande vague de Kanagawa" ("la vague", pour les pressés), premières estampe d'une série de 46 intitulée Les 36 vues du mont Fuji" - vers la fin de sa vie, Hokusai a fait une fixette sur le mont Fuji, entrainant ses disciples interloqués qui n'y comprenaient rien.

Ici, autre classique mais bien plus vieux, quand Hokusai était dans la force de l'âge et emballait comme un malade, sa veine érotique et troublante : "Le rêve de la femme du pêcheur"

Retour au chemin de l’ignare… Refermant le livre, je me dis : incroyable, cet Hokusai ! M'étonne, les historiens de l’art affirment qu’il a influencé Monet, Gauguin, Van Gogh, des artistes avec qui - j'en fais une affaire personnelle - je ferai bientôt plus ample connaissance...

Pour en voir plus d'Hokusai, ici une exposition virtuelle grâce à la B.N.F. !

Poursuivons maintenant avec Ishinomori qui, en plus d’être le créateur de San Ku Kai (oui, « c’est la bataille »*), a aussi à son actif des palanquées de pages de manga .

Cet ancien disciple de Tezuka – ce qui explique la parenté de leurs traits – a publié Cyborg 09, édité en France depuis l’année dernière – pas encore lu – mais aussi les aventures de Sabu & Ichi. Imaginez, à l’époque d’Edo –ancien nom de Tokyo, entre le XVIIe et XIXe siècle - un jeune détective, Sabu, à qui échoient tous les crimes un peu crapuleux. Heureusement, il est aidé par Ichi, un aveugle et vrai champion du sabre dont le vrai métier est…. masseur. Entre 1966 et 1972, Ishinomori a raconté leurs histoires sur un canevas maintes fois reproduit – découverte du crime, intervention des héros, réflexion autour d’un jeu, le shogi (les échecs japonais, grosso modo) mise à l’index du ou des coupables, bonne séance de baston sanglante à l’issue duquel nos deux héros toujours triomphent… Répétitif ? Of course. Cette routine -les histoires courent sur une trentaine ou une soixantaine de pages - peut autant séduire que lasser. Perso, j'y trouve le charme d'un Spirit japonais, avec ce mélange entre les ingrédients comiques -voire cartoonesques - et des personnages fantastiques (même si, à la révélation, il ne reste plus que des motifs bassement humains).



Plus on avance dans le recueil (1200 pages), plus Ishinomori montre une inventivité incroyable pour exploser son carcan, se servant avec beaucoup de poésie de motifs graphiques comme des boucles, des repères. Ci-dessous une double page où l'on voit Ichi en flashback (les pages ont été noircies volontairement par un esprit malin)

* Allusion à ce satané refrain entré dans le disque dur des plus de trente-cinq ans

Dans la série "Ils sont fous ces mangakas"....

L’imagination de certains me sidère. Rien ne leur fait peur, les scénarios les plus invraisemblables, les mélanges des genres les plus casse-gueule… ils foncent et parviennent à t’emmener dans leur monde tordu. L’intrigue de Death Note était déjà pas mal twisted et morbide mais Deadman Wonderland la bat (presque) à plate couture.

D’abord, il y a un pitch plus que complexe : l’histoire d’un gamin accusé d’avoir tué tous ses camarades de classe – sauf que c’est pas vrai, le coupable c’est un mystérieux «homme en rouge » - et se retrouve dans un prison ouverte au public. A l’intérieur, on y meurt joyeusement tandis que les spectateurs croient que c’est du chiqué, on inocule un poison aux prisonniers qui, s’ils n’avalent pas un antidote tous les trois jours, perdent la vie. Bien sûr, la matonne en chef est sexy et cruelle, le personnage principal cache en lui un super-pouvoir et – j’oubliais – Tokyo a été ravagé dix ans plus tôt par un tremblement de terre…Très gore et intrigante, cette série a son trailer...






Bien plus sage mais très instructive, voici Bakuman, la nouvelle série de Tsugumi Ohba et Takeshi Obata, les auteurs de "Death Note" qui, là, nous montrent de l'intérieur la vie de la revue de référence au Japon, le Weekly Shônen Jump où ont été prépubliées Death Note, Naruto, et plein d'autres. Pour enrober ça, les auteurs ont utilisé un peu de guimauve mais ça fonctionne très bien. L'occasion de s'immerger dans une industrie narrative fascinante.





Et pour finir avec de la musique, le nouveau clip de Don Rimini, le producteur electro dont chaque sortie est à guetter. La vidéo est bourrée d'images subliminales à repérer...

Whatever / Don Rimini from Lionel Hirlé & Grégory Ohrel

That's all folks





lundi 4 octobre 2010

Justin, Jimmy, Joost, Jean-Claude et Charles

Deux moments de live, qui n'ont rien à voir, d'abord l'extraordinaire medley hip hop auquel se sont livrés Justin Timberlake et Jimmy Fallon dans le show du second. Avec les Roots en backing band, ça aide mais quand même... La prestation de Fallon est presque plus impressionnante que celle de Justin...



Et puis un souvenir de Nérac et des 3e rencontres Chaland, avec "Appellation contrôlée", chantée par Joost Swarte avec Charles Berberian et JC Denis. J'étais là et ça a été le tube de la soirée. Mais bon, on a fini à l'armagnac, ça aide...

mardi 21 septembre 2010

Un peu de poésie : Queens Of The Stone Age

Une vidéo de 2008 prise lors d'un concert des Queens Of The Stone Age, un truc quasi terrifiant où le leader du groupe Josh Homme pointe du doigt un gamin dans le public parce qu'il lui aurait lancé des saloperies. Devant un public enthousiaste, la sécu s'occupe de lui amener en pâture le coupable.


vendredi 17 septembre 2010

Jimi's back


L'expo attendue par tous les fans d'Hendrix est ouverte depuis mercredi. La boutique Renoma accueille ainsi des photos d'une dizaine de photographes : Jean-Noël Coghe (auteur de la fameuse qui inspira Moebius), Alain Dister (qui amena Jimi aux puces de Clignancourt), Claude Gassian, Bob Lampard, Jean-Pierre Leloir, Gered Mankowitz (un livre chez Fetjaine éditions sort, réunissant deux de ses sessions), Dominique Petrolacci, Jean-Louis Rancurel, Christian Rose et Dominique Tarlé.





Bien plus de photos sur le blog de Maurice Renoma.

Et sinon un peu d'autopromo :



Il y a quelques semaines encore je parlais un drôle de langage. A force d'écouter, réécouter, disséquer, je me suis mis à parler en riffs de Jimi Hendrix ("est-ce que tu woiing woing woning ?"). Juste après, j'ai été interné une semaine le temps que je reprenne mes esprits. J'avais une excuse : je planchais sur ce livre qui sort cette semaine.
Oui, une bio de plus. Non, pas de scoop. Ce livre n'est pas destiné en priorité aux maniaques du natif de Seattle, d'ailleurs. Face à ce sujet, ce héros des plus inspirants, j'ai essayé de retracer son histoire avec le plus de fidélité et de recul, essayer de voir derrière le folklore tout en respectant la légende. J'ai pris beaucoup de plaisir et perdu une partie de mes tympans.

Jimi Hendrix - Electric Life -City Editions - 290 pages - 18 euros

Pour ne pas en rester là : le passage de l'Experience chez Lulu avec "Voodoo Chile" et "Hey Joe" qui part direct en cacahuète avant de... surprise. (Faut passer bien sûr le barbu du début)


dimanche 18 juillet 2010

Cokalane : Herbie Hancock

L’autre nuit, en réécoutant l’étonnant album de Philip Selway, le batteur de Radiohead, qui fait un convaincant coming-out de songwriter…





(ici, on le voit avec Neil Finn, parce qu'ils ont travaillé ensemble sur un projet collec-carita-tif)

... je suis tombé sur cet article un peu triste consacré à Herbie Hancock. Cela m'a rappelé la fois où je l'ai interviewé pour un de ces derniers albums intéressants, Future 2 Future. Rencontre archi-décevante face à un musicien vivant sur son nom et se foutant en partie de l'album qu'il publiait - de fait, il était intervenu à la dernière minute sur Future 2 Future, conçu en grande partie par Bill Laswell, grand ordonnateur d'un chantier impliquant Carl Craig, A Guy Called Gerald...

Entendons nous bien, mr Hancock mérite cent fois le respect.
C'est un des musiciens, qui comme Coltrane, Wayne Shorter, Bill Evans et bien d'autres a accompagné Miles Davis.



(ici en 1963, regardez le batteur Tony Williams, il a 17 ans)

Un de ceux qui a ouvert des brèches, ramené le groove dans le jazz, pavé la voie à la techno.


(ici, "Chameleon" avec les Headhunters)


Un extrait de Sextant, album sidérant de 1973, Carl Craig avant l'heure...

Mais, quand je l'ai rencontré en 2001, Herbie Hancock n'avait déjà plus rien à dire, ni sur sa musique, ni dans sa musique. Ce jour-là, il dédicaçait à la chaîne des piles de cds (pour la maison de disques allemande, me précisait-il) pendant que j'essayais de lui extirper quelques bribes. Non, il n'avait pas toujours rencontré Carl Craig qui figurait pourtant sur son album ("pas le temps''), n'avait pas écouté non plus le coffret In A Silent Way qui venait de sortir, confessait ne plus avoir le temps d'écouter de musique - apparemment, il manquait aussi de temps pour la sienne.
Puis est arrivé un jeune collègue enthousiaste qui portait ses seules questions sous le bras : quelques vinyles qu'il voulait faire dédicacer. Inutile de dire que la fin de cette interview a atteint des sommets d'indigence...

Bref, comme il le précise dans l'article de Libération, Herbie se consacre maintenant au format chanson. Son album s'appelle The Imagine Project avec donc une reprise d'"Imagine" interprétée avec la complicité délicieuse de Pink et de Seal.
Vous pouvez en écouter quatre extraits ici...
Si une chape de tristesse ne vous tombe pas sur les épaules, si vous n'avez pas envie de vous saisir d'une tronçonneuse ou d'écouter "Sheena Is A Punk Rocker" après quelques secondes de cette horreur, éteignez votre ordinateur et attendez de reprendre vos esprits. Et ne revenez plus jamais ici...

Sur la même chanson, il y a certes-aussi-pourquoi pas Jeff Beck, Konono et India Arie, Oumou Sangare. Mais rien que l'idée d'entendre les timbres de Pink et de Seal se mêler pourrait justifier de remonter dans le temps pour empêcher cet enregistrement. Le pauvre Lennon n'imaginait sans doute pas combien son hymne à la paix servirait d'alibi à toutes ces atrocités dignes des Enfoirés.
Forcément, quelques secondes de cette purulence pacifique doivent être écoutables... mais voir Herbie Hancock laisser sa propre musique en perdition ne cesse de me navrer...

Pendant ce temps, le nouveau clip de Flying Lotus émerveille - c'est avec lui qu'Herbie devrait collaborer s'il en avait encore à foutre de la musique....



Flying Lotus que l'on retrouve sur la BO de Rubber, le prochain Quentin Dupieux qui a l'air bien barré comme l'étaient le Non Film et Steak. L'histoire d'un pneu qui prend vie ! Pour contraster avec le rythme lent du film, Dupieux a composé une musique surspeedée avec Gaspard de Justice et demandé à Fly-Lo un remix. Les morceaux s'écoutent plus bas.







vendredi 18 juin 2010

La machine à dessiner : Impossible


Hé, c'est aujourd'hui même la rencontre-performance-dédicaces avec Charles Berberian, Philippe Dupuy et Joseph Ghosn pour leur immanquable graphzine, Impossible. Cela se passe à la galerie Ofr, dans le 3e à Paris et il devrait y avoir une démonstration de l'impossible machine à dessiner. Mais si elle déconne, eux seront là ainsi que quantités de dessins originaux exposés dans cette chouette galerie.




Entamée en janvier, Imposssible est une aventure passionnante, réunissant de manière très libre des dessins des trois. Dix numéros sont parus et distribués dans quelques librairies - tels que Philippe le libraire. Mais vous pouvez commander cette revue à l'imaginaire aussi grand que son format sur le site d'Arts Factory. Ici ! Et hélas, pour les retardataires, trois numéros sont déjà épuisés (tirage à 500 exemplaires). Ma collection complète dort dans un coffre et je la montrerai à mes petits-enfants ébahis. Comme aurait pu le chanter James Murphy dans "Losing My Edge" : "i was there at the first Impossible exhibition" !


Et pour finir un morceau qui pourrait leur plaire, "Your Direction" de Chief, tendre folk-rock à la californienne.



mercredi 12 mai 2010

Bulles Zik



Oyez oyez, gentes dames et motherfuckers, fans de bande dessinée qui parle et sent fort le rock, amateurs de bulles électriques et de phylactères hystériques !

Le week-end de la semaine prochaine a lieu la 4e édition du festival Bulles Zik qui, comme son nom l'indique avec la force et la fausse simplicité du Diddley Beat, mêle dans la même sympathique orgie musique et bande dessinée.
Cela se passe donc le week-end du 22 et 23 mai au Théâtre du Garde-Chasse, 181 rue de Paris aux Lilas, métro Mairie des Lilas.

Quantité d'auteurs seront présents dont Charles "Tiny Dancer" Berberian (responsable de l'affiche reproduite ci-dessus), Thiriet et son Histoire de la musique en 80 tomes, mais aussi Mezzo, Gwen de Bonneval, Mo/CDM, Nancy Pena, Aude Picault, Jeff Pourquié, Relom, Jean Solé (le papa d'un des auteurs précités), Relom, Riff Reb's, Etienne Lecroart (qui chantera aussi avec son groupe, les Jacqueline Maillan) et Laetitia Coryn (qui tient ici son blog). Dédicaces donc de 14h à 19h le samedi, de 11h à 18h le dimanche.

Bien sûr, le programme ne s'arrête pas là, des concerts sont organisés.
Se produiront ainsi le Docteur Krollspell, groupe où l'on trouve Mo/CDM à la batterie et Carali à la basse, Sex & Dollars, fondé par Relom qui envoie méchamment ou Janski Beeeats du dessinateur Jansé qui, seul avec ses machines, produit de l'ivresse synthétique, de l'electro à écouter fort. J'allais oublier la tête d'affiche, Mellino (ex-Négresses) qui clôture le festival dimanche à 19h.

Braderie, spectacle de rue, projections, table ronde, ateliers complètent une programmation fort alléchante. D'autant plus que le festival est OUVERT A TOUT LE MONDE, FREE AS A BIRD, GRATOS.
Allez donc voir ici pour en savoir plus : www.bulleszik.com


J'allais presqu'oublier, comme l'explique dans le programme le président du festival Christian Marmonnier le "florilège de bandes dessinées qui entretiennent des rapports étroits avec la musique" justifie la remise du premier prix Bulles Zik. Douze livres sont nominés, dont Francis Blatte de Mathieu Sapin, Piscine Molitor d'Hervé Bourhis et Christian Cailleaux, La Guitare de Bo Diddley de Chauzy et Marc Villard... et ROCK STRIPS !

mardi 11 mai 2010

Top 7 du moment

Quelques lignes sur quelques groupes que j'ai beaucoup écoutés ces dernières semaines.


1 The Black Keys



La meilleure chose qui soit arrivée au rock américain depuis dix ans ? Maybe. Le duo d'Akron malaxe blues, soul, groove avec insolence, jubilation. Le disque de l'été ?

2 Flying Lotus



Il faut bien le dire, c'est excitant d'être démuni face à une musique. Flying Lotus, producteur de hip hop détourné de son chemin, invente une musique qui emprunte au jazz, à l'électronica et à Thom Yorke - le Radiohead chante sur ce morceau. Le futur de la musique qui se téléporte généreusement dans notre présent. Des morceaux à télécharger sur cette page...

3 Javelin





Les rejetons des bidouilleurs à la Money Mark ou Sukia et leurs collages de série B sur Mo'Wax. De l'easy listening moderne, bulles pop que perso, j'ai du mal à vouloir crever. On adore tous* les songwriters dépressifs mais parfois, faut s'autoriser quelques minutes de bonheur. Au-dessus deux vidéos papier peint.

* non ?

4 Yussuf Jerusalem



Pour aller vite, c'est le cousin frenchy de Jay Reatard, un jeune chanteur passé du garage ultra-speedé à du rock toujours saturé mais plus posé. Un album d'une demi-heure sans gras à réécouter toute l'année.

5 Villagers



Les jeunots qui se prétendent songwriters folk et veulent juste bêler comme James Blunt pullulent tellement que lorsqu'on tombe sur ce jeune Irlandais c'est la révélation. Chansons écrites à la plume de cygne, mélodie, conviction, pas trop de patho et des textes intelligents. Entre un Paddy McAloon roots et un Randy Newman très jeune.

6 Caribou


A l'origine, ce Canadien produisait de l'electronica. Puis il a embrassé le rock psychédélique et maintenant la dance avec passion et rigueur. D'où ce Caribou tapis volant et euphorisant.

7
Archie Bronson Outfit



Le trio anglais, après des albums de blues psychédélique au son boueux s'est allié à avec Tim Goldsworthy de DFA pour mettre des beats groovy dans sa mixture déjà stupéfiante. Attention aux oreilles et aux yeux.

vendredi 30 avril 2010

Le panier du jour (1)

Bon, ça fait longtemps que j'ai rien écrit ici et comme il y a une bonne âme qui me sort de ma léthargie, je m'exécute paresseusement. Pour plein de bonnes raisons, j'ai pas lu beaucoup de nouveautés récemment. Quant derniers livres que j'ai achetés, je ne les ai pas encore ouverts. Je vais donc m'attaquer à ceux que j'ai reçus....

Je reste marqué par ce qui est arrivé à Franquin avec son histoire Le Gorille a mauvaise mine. Publiée en 1959 dans Spirou, cette aventure de Spirou et Fantasio fut rebaptisée Le Gorille a bonne mine, sous l'insistance de son éditeur qui trouvait le titre trop négatif, pas assez vendeur. Dans le même ordre d'idée, on peut imaginer qu'avoir "happy" sur sa couverture doit au niveau marketing être assez performant. C'est en tout cas ce que l'on peut déduire du tour de passe-passe réalisé par Zep pour son faux nouvel album.
Rappel des faits : l'année dernière cet auteur sort Happy Sex, livre assez inoffensif autour du sexe et bien consensuel. Personnellement, ce que j'ai lu dans les pages du journal Libération m'a suffi... mais là n'est pas l'essentiel. Logiquement, Happy Sex cartonne d'où la sortie cette année, dans quelques jours, d'Happy Girls. La suite, pourrait-on penser.


Non point. En fait, comme il est précisé dans les pages intérieures, c'est la réédition des Filles Electriques, livre publié il y a treize ans aux éditions Dupuis et que l'on peut trouver un peu niais. D'autres le trouvent désopilant, super, ça ne me pose pas de problème.

En revanche, je trouve dommage que Zep ou son éditeur trouvent judicieux ce relifting cynique et déclinent le filon "happy". L'année prochaine suivra Happy Rock, réédition de L'Enfer des concerts, publié en 1999. J'ai une pensée pour ceux qui achèteront ces livres de manière impulsive ("waoh, le nouveau Zep") et se rendront compte un peu tard qu'ils ont été bernés. Bien sûr, les vrais libraires avertiront les clients tentés, il y a bien pire criminel que de faire les poches de son lectorat et les éditions précédentes des Filles électriques et L'Enfer des concerts doivent être bientôt épuisées - on en trouve quand même des exemplaires sur les sites de vente par correspondance... Mais, quand même, je trouve à cette opération un goût légèrement écœurant.

Beaucoup plus sympathique est la sortie des Zumbies, groupe de zombies qui jouent du rock'n'roll et bouffent de la chair humaine dès qu'ils en ont l'occasion. C'est un peu moins drôle que Les Zombies qui ont mangé le monde de Frissen et Davis mais bourré de références aux Cramps, bon esprit.

Ce qui est drôle c'est que les auteurs laissent un peu plâner le mystère sur leurs identités. Pour ceux qui lisent Fluide Glacial,le secret est éventé depuis longtemps mais pour les autres... Je ne résiste pas au plaisir de scanner cette photo extraite du dossier de presse, pour cerner la démarche.

Oh, et ici une couverture avec les vrais noms des auteurs quelque part....

Bon, finissons par le livre que j'ai préférés des trois, Le Couteau-Chien de Joël Cimarron chez Bayou/Gallimard. Un récit fantastique influencé par le folklore créole, le vaudou et Aimé Césaire.

C'est le premier album de bande dessinée de Joël Cimarron. Hé bien, il sait tenir son histoire, pourtant échelée et remplie de symboles, de crabes géants et d'esprit, comme un conteur expérimenté. Et il y a des scènes réellement impressionnantes qui frappent l'esprit. Un album au charme singulier et dépaysant - d'autant plus si, comme moi, vous n'êtes pas familier avec les légendes qui l'ont en partie inspiré. Ci-dessous, un film d'animation de neuf minutes réalisé en 2007, dont Le Couteau-Chien constitue le prolongement. Cela vous donnera un avant-goût sans non plus trop déflorer....

mercredi 31 mars 2010

Big Star



Bon, Alex Chilton est mort il y a déjà une semaine... Je voulais juste signaler une sorte de hommage que les gens de la Blogothèque ont eu la gentillesse de publier ici

mercredi 10 mars 2010

Morvandiau, Nylso, Marie Saur et Sébastien Lumineau

Quadruple séance de dédicace chez Philippe le Libraire, 32 rue des Vinaigriers 75010 Paris demain jeudi à 18h30 avec une délégation rennaise à ne pas manquer.
Morvandiau, Nylso, Marie Saur et Sébastien Lumineau.

Le premier publie Les Affaires reprennent, Nylso et Marie un nouvel abum de Jérôme (Jérôme et la route).

Bon, je n'ai pas encore lu ces deux livres mais sans prendre trop de risques, on peut dire qu'ils sont mordants (le Morvandiau), tendres (Nyslo-Marie Saur), intelligents et émouvants. Si vous allez chez Philippe, en plus de repartir avec des bons bouquins à se mettre devant les yeux et dans la tête, vous aurez passé un bon moment parce qu'en plus d'être des artistes doués, ce sont des gens sympathiques. Ce sera un plaisir pour vous de discuter avec eux, en mangeant du gâteau chez Philippe (oui, ça se passe comme ça chez Philippe, des auteurs rares et des très bons gâteaux).


Et puis il y a Sébastien Lumineau, là pour le coup j'ai lu Des Berniques. Un couple qui s'aime et se déchire avec très peu de mots. Pas grave, les images disent tout ce que les personnages ne peuvent exprimer et parfois, on a envie d'arracher les pages pour les coller chez soi tellement c'est beau et émouvant. Et - à moins que je ne me trompe - c'est la première fois chez Lumineau qu'un chien n'occupe pas le devant de la scène...


Sauf que vient de sortir le 3e volume de son comix, Un Chien dangereux après une interruption de près de huit ans. Pour ceux qui ont raté les premiers épisodes, ça parle de chien dépressif, de sang du Christ, de chats qui disparaissent... Les frères Coen adoreraient.

mercredi 3 mars 2010

Piqûre de rappel : Luz et Stef Mel


Pour les Parisiens, demain jeudi Stef Mel et Luz à la librairie Parallèles (47 Rue Saint-Honoré
75001 Paris). A partir de 17h30!!!

vendredi 26 février 2010

Jimi Hendrix "Bleeding Heart"

Au départ, l'idée semble plus que saugrenue : un clip pour promouvoir un extrait de la nouvelle compilation d'"inédits" d'Hendrix, Valleys Of Neptune. Mais c'est Julian Temple qui s'y est attelé, mêlant images d'archives (Hendrix au Fillmore East fin 69) et footages plus récents, détourant l'embrasement (au sens littéral) de Monterey en 67...
Bah, ça fonctionne plutôt gentiment. Quant à la chanson, c'est un blues d'Elmore James, "Bleeding Heart", qu'Hendrix a joué plein de fois dans sa carrière. La version de "Valleys Of Neptune", alerte et speed, vaut le coup.

CORRECTIF
Les ayants droits et/ou les responsables du catalogue sont très malins et ont supprimé la vidéo, les cons. A la place, au hasard, "Hear My Train" acoustic...

Michael Lonsdale lit du Riad Sattouf qui lit du Roger Lecureux

A Angoulême, Blutch a eu la bonne idée de cette soirée où acteurs (Michael Lonsdale, Mathieu Almaric) et un auteur (Riad Sattouf) ont lu des textes de BD.

Michael Lonsdale lit du Pascal Brutal...


Et Riad Sattouf lit du Rahan... Tordant.

lundi 22 février 2010

Nine Antico, "Too Drunk To Do The Show"

Je m’en voudrais de ne pas signaler la sortie (il y a déjà quelques mois, shame on me) de Too Drunk To Do The Show, très joli recueil de dessins de concerts de Nine Antico, format 45 tours. Là aussi, du rock saisi en plein vol, des poses, de la fureur. Un livre publié par le label de musique rennais Inmybed qui a également sorti l'épatant maxi de Formica.Pour acheter les deux, c'est que ça se passe (9 euros only pour Too Drunk To Do The Show).








Stef Mel & Lu, "Trois morceaux sans flash"


Comment rendre compte des émotions provoquées par un concert ? Sans doute depuis qu’il est en âge de tenir un crayon et de pouvoir entrer dans une salle de concert, Luz se frotte avec beaucoup de réussite à cet exercice de style. Trois premiers morceaux sans flash constitue toutefois une tentative inédite et rafraîchissante : dessins et photos y sont réellement entrelacés, inventant une nouvelle écriture qui tape dans l’œil.

Ça fait trois ans que la photographe Stef Mel et lui travaillent sur cette formule hybride et c’est peu de dire que ça fonctionne. Entre les poses figées et les croquis mouvementés, la vie d’un concert (ici The Kills, Pete Doherty, Sébastien Tellier, Tricky, etc.) se reflète dans toute sa bordélique intensité.


Maintenant il faut se dépêcher, les deux auteurs viennent d’autoéditer la chose et il n’y en a que 500 exemplaires. Trois premiers morceaux sans flash s’achète donc ici au prix de 30 CHF (soit 20 euros). Le 4 mars, ils seront en dédicace à la librairie parisienne Parallèles, en avril ils s’exposent à Bastia et en juin au festival de Sierre Sismic.

C'est ici que ça se passe !

Ci-dessous la double page sur The Horrors -(c) Stef Mel & Luz



jeudi 11 février 2010

Des livres de 2009...

Une partie des livres de l'année dernière dont je n'ai pas eu le temps de parler ici...



Tim Lane Noir c'est noir (éditions Delcourt)

C'est bête, forcément avec un titre pareil, on pense à Hallyday (le titre original est certes moins explicite - Abandoned Cars)... le seul reproche que je pourrais faire -et Tim Lane n'y est pour rien. Voici un auteur qui porte sur ses épaules des influences aussi lourdes que celles de Charles Burns (dont le noir profond l'a marqué), de Will Eisner mais aussi de Kerouac (la fascination pour la route, la fuite en avant) et Springsteen. Mais tout cet héritage, parfois bien mis en évidence, Lane le recrache d'une manière puissamment personnelle. Ton acre et désespéré, l'Amérique vue à travers des destins brisés et des coins reculés, des rêves absurdes et des conclusions au goût amer... Qu'il ait vécu une révélation en écoutant les chansons de Nebraska (dans chacune, Springsteen raconte une histoire, il suffit de voir ce que Sean Penn a fait d'"Highway Patrolman" dans son premier film, The Indian Runner) tient de la logique tant Lane pratique l'art de la nouvelle avec sobriété et efficacité. Il aurait d'ailleurs commencé à écrire sur papier ses histoires avant de les mettre en scène et en image comme il le fait.
Précisons la structure : Noir c'est Noir (habituons nous à ce titre) est en fait constitué d'un magma sombre, de plusieurs récits courts (ou en plusieurs parties), qui s'agglomèrent autour d'un tronc commun peu joyeux. Pour autant, même si on peut être ému, on ne repose pas le livre en pleurant.


Une interview très intéressante sur l'épatant site Optimum Wound avec plein de dessins saisissants comme celui-ci.




Ruppert & Mulot Irène et les Clochards (L’Association)


« Il y a trois choses que je voudrais faire avant de mourir. La première (…) faire des reportages sur les clochards (…). Mon deuxième truc, c’est que je voudrais être un personnage de bédé (…) Mon troisième truc c’est que je voudrais me suicider et que ça soit dans votre livre »

Dans leurs deux livres précédents (Sol Carrelus et Le Tricheur), Ruppert et Mulot rompaient avec le foisonnement nonsensique des précédents en s’appuyant sur une unité dramatique. Ils vont plus loin puisque pour la première fois ils se concentrent sur un personnage principal, Irène, qu’ils maltraitent pendant cent pages. Violence (extérieure ou non), problèmes de communication… on retrouve des thèmes déjà abordés précédemment mais la mise en scène, plus aérée que d’accoutumée – et pourtant on manque parfois d’air – confère une incroyable force d’évocation et de malaise.

Lors de leurs dernières dédicaces, Ruppert et Mulot faisaient votre portrait, voici le mien. Il ne me ressemble pas trop, je le chéris d’autant plus.






Pascal Rabaté Le Petit rien tout neuf avec un ventre jaune (Futuropolis)


Encore un livre de sentimental… Faussement fade, la jolie tranche de vie d’un vendeur de farces et attrapes dépressif – sa femme est partie – par un autre équilibriste qui manie couleurs, dialogues et effets avec élégance. « Un petit bijou », comme on dit quand on sait pas quoi dire d’autre…



Osamu Tezuka La Femme insecte (éditions Casterman)


Une femme mystérieuse, sorte de mante religieuse qui vampirise ses amants… Un Tezuka parmi d’autres (Gringo méritait aussi d’être distingué) mais avec lui on n’est rarement déçu. A rapprocher de l’excellent Barbara.



Gwen de Bonneval et Hervé Tanquerelle, d’après Jørn Riel La Vierge Froide et autres racontars (éditions Sarbacane)


A siroter avec un bon whisky (ou un grog), une suite de récits arctiques au Groënland superbement mis en images par Mr Tanquerelle – il montre ici des extraits du second tome, prévu pour l’année prochaine.



Kerascoët – Fabien Vehlmann Jolies Ténèbres (éditions Dupuis)


Un conte plus que cauchemardesque qui laisse des images cruelles dans la rétine. Imaginez Battle Royale réécrit par Perrault et vous n’êtes pas loin. J’étais persuadé qu’il aurait le prix du meilleur album à Angoulême – mais Pascal Brutal, c’est très bien aussi…



Kazuo Kamimura Lorsque nous vivions ensemble (Kana)


Un manga en trois énormes volumes –près de 2000 pages- autour d’un jeune couple dans le Japon des seventies. J’entame à peine le 2e mais c’est fabuleux comment avec trois fois rien (mais beaucoup de sensibilité) Kamimura tient en haleine. Une sorte d’opéra sentimental aux innombrables mouvements. Après, entendons-nous bien, on rit peu et on a souvent la larme à l’œil.





Florence Cestac & Jean Teulé Je voudrais me suicider mais j’ai pas le temps (éditions Dargaud)

Charlie Schlingo Gaspation et Josette de Rechange (L’Association)


Grâce à cette drôle de biographie et les rééditions impeccables de l’Asso, on a beaucoup parlé de Charlie Schlingo, génie méconnu de l’humour frappadinge, le Segar punk



Frederik Peeters Pachyderme (éditions Gallimard)


Album étrange, veritable sable mouvant narratif dont on sort groggy… avec l’idée d’y retourner. L’album le plus lynchien de l’année…





Charles Berberian Sacha (Cornelius)


Livre proprement délicieux autour du chat Sacha (qui meurt pourtant lors des premières pages), un ponte de la musique contemporaine, un couple qui se sépare pour mieux se retrouver… Un tour de force choral, d’autant plus impressionnant qu’il est mené avec la légèreté de quelqu’un qui n’a rien à prouver et cherche seulement à raconter son histoire de la meilleure des manières.




Will & Co, Rudy Miel L’Arbre des deux printemps (éditions du Lombard)


L’album inachevé de Will, terminé par ses amis dont cette réédition retrace les différentes étapes. Les quelques planches de l’auteur de Tif et Tondu sont magnifiques.




Anthologie Bitterkomix (L’Association)


Gros pavé sortie pour Angoulême de l’année dernière, un concentré décapant où les auteurs sud-af Joe Dog, Conrad Botes et Lorcan White utilisent la BD comme un brûlot subversif pour exorciser le passé (l’apartheid), les bonnes consciences…