lundi 1 octobre 2007

Chris Ware




Hum. Ça va pas être facile. Le dessinateur Chris Ware n’est pas quelqu’un qu’on cerne en deux ou trois phrases. Son « œuvre » non plus, elle qui explose littéralement les formats – le recueil ACME qui vient de sortir en édition française fait 23,5 cm sur 38,5 – et met souvent mal à l’aise. On pourrait présenter Ware comme un misanthrope, il n’intenterait sûrement pas de procès. La solitude de l’individu, les problèmes de communication constituent en effet quelques-uns des thèmes majeurs de ses livres comme la relation parents-enfants. Le trait précis, presque ligne claire, de Ware et les couleurs assez chaudes qu’ils emploient sont des pièges. Derrière les apparences de naïveté – renforcées par ses héros récurrents : Jimmy Corrigan, Rrusty Brown, Big Tex – se cachent des trappes remplies d’humour noir et de cruauté. Ware détourne aussi les codes des vieilles publicités, ACME (nom générique aux publications périodiques, passons) s’ouvre ainsi sur une page de lots réservés aux hommes politiques. Exemple : desc chaussures de sport à gagner en échange de l’ "asservissement de seulement 500 de vos enfants".
Intellos, grinçants, les livres de Ware jouissent aussi d’une liberté formelle assez inouïe (d’où ce goût pour le format non calibré), héritée de l’aïeul Winstor Mc Kay. Double niveau de lecture, profusion de cases, agencement très spécial : Ware ne se refuse rien.
Après, il s’avère presque impossible pour les lecteurs de ne pas prendre de la distance par rapport à ce qu’il propose, cet alliage froid de virtuosité graphique et d’inhumanité. Je ne suis pas sûr, d’ailleurs, d’avoir fini Jimmy Corrigan (récompensé à Angoulême il y a quelques années). En revanche, j’avais achevé le numéro 16 d’Acme (et en anglais) – peut-être que trop d’un coup nuit à l’intensité du propos ?

Le travail de Ware reste cependant salutaire, un laboratoire qui ferait constamment portes ouvertes, une preuve parmi d’autres que le medium bande dessinée est loin d’être figé.

Les images ci-dessus sont copyright Delcourt/Chris Ware , of course.

5 commentaires:

Li-An a dit…

Moi je suis sûr de ne pas l'avoir fini. Par contre, j'ai vu à la télé un documentaire sur lui passionnant. Il dit des choses très intéressantes sur le fait de devenir auteur de BD et le rapport au monde que l'on peut avoir.

Glorb a dit…

Chris Ware est l'un des rares auteurs qui arrive à me plonger dans un état second (d'exaltation ?). Chaque fois que je relis Jimmy Corrigan je me noie dedans. Le rythme y est ultra lent, il ne se passe rien et le peu qui arrive est pathétique. L'histoire de Rusty Brown est dans la meme veine. Graphiquement c'est une grande bonne claque, le must étant ses agencements de contenu avec profusion de cases qui permettent de raconter 3 générations de personnages et leurs relations en une page. Marrant aussi de voir son carnet, édité il y a quelques années, rempli de croquuis dans des styles vraiment très loin de ce qu'on lui connait habituellement et misérabilistes au possible.

J'ai vu un reportage sur lui y a un moment sur youtube, sacré personnage en effet.

Oslav Boum a dit…

Hello les amis. Il est rare qu'on soit à ce point d'accord. Conclusion : un auteur exaltant et exigeant. Je vais essayer de chercher les traces de votre documentaire...

Li-An a dit…

Qu'on ne se trompe pas: je ne nierai pas que c'est un très grand artiste (il fait vraiment un travail magnifique) mais j'ai quand mm du mal à rentrer dans Jimmy (j'avais acheté un ou deux trucs avec son chat).

Oslav Boum a dit…

Oui, ce n'est pas facile...