lundi 2 juillet 2007

La maladie du roman graphique


Ça n’a presque rien à voir avec ce qui précède mais je suis tombé sur un numéro de Elle acheté par désoeuvrement par ma copine. Dedans, un petit article sur le « roman graphique » que j’ai scanné pour qu’on en rigole ensemble (faut cliquer pour lire).

Je ne pense pas que Will Eisner avait une idée du dommage collatéral provoquée par sa création sémantique de « graphic novel ». A part l’assez anecdotique (mais inoffensif) Fraise et chocolat, sont mis en valeur dans cet articulet des albums de qualité (Blackhole, Ice Haven, etc.) Mais la distinction réalisée entre le roman graphique et les bd aux « héros à gros nez », entre le « côté radical chic » du premier et le « quelque chose d’immature, de populaire, de masculin » de la bande dessinée d’autrefois, touche au ridicule.
Il vaut sans doute mieux laisser ce plumitif et ces semblables gober l’air du temps et ne pas leur rappeler qu’Ici Même de Tardi et Forest, Le Transperceneige de Lob et Rochette ou Le Garage Hermétique de Jerry Cornelius (130 pages en noir et blanc) sont parus en1979 (pour les deux premiers) et 1984. Ce ne sont que des exemples, bien sûr. Quant aux « personnages au gros nez », ils continuent à sévir, malgré cette police du bon goût… Ne parlons pas des romans graphiques chiants à cause de trop d'auto-complaisance ou d'un vide scénaristique...

7 commentaires:

Li-An a dit…

On remarquera le glissement sémantique "bandes dessinées">"roman graphique". Le graphisme, ce n'est déjà plus du dessin. Parce qu'à mon avis, le "grand tort" de la BD, c'est de poursuivre une recherche sur le dessin figuratif, un héritage du passé insupportable pour les tenants d'un Art Moderne Révolutionnaire. On voit bien que le terme "roman" souligne le fait que le dessin n'a aucune importance, qu'il est une espèce de support neutre que l'on peut considérer comme quantité négligeable. Ce qui arrange bien 95% des critiques BD qui semblent incapables de différencier un dessin intéressant d'un dessin bateau (je connais même des scénaristes dans ce cas, hum). Je me demande d'ailleurs si "Planète Lointaine" est un "roman graphique" :-)
Je me rappelle d'une critique parue dans un magazine féminin (Marie Claire) sur un film adapté d'un comics (ah zut, j'ai oublié le titre) qui parlait uniquement de "roman graphique" si bien qu'une personne pas vraiment au courant pouvait ignorer totalement qu'on parlait en fait d'une BD.

Li-An a dit…

Le plus déprimant dans toute cette histoire, c'est de faire du "roman graphique" une mode branchée. Parce qu'une mode, ça passe...

Oslav Boum a dit…

On est d'accord, c'est déprimant. Imaginer que certains se servent de livres de Charles Burns comme d'objets seulement décoratifs. Salauds de bobos !
Quant à Planète Lointaine, ma petite lettre est partie aujourd'hui ;)

Li-An a dit…

Bien bien, j'espère que tu as rangé ta chambre d'ailleurs. Je voulais faire un mot sur les "gros nez" mais c'est vraiment trop déprimant...

Oslav Boum a dit…

Non, c'est toujours le bordel dans ma chambre. Même partout dans l'appartement... Aïe, aïe, aïe.

Glorb a dit…

Ahaha, en effet article affligeant. C'est ça la vulgarisation façon tendance féminine de Elle.

Je pense quà la base Graphic Novels, c'était surtout pour distinguer du bon gros comic (super héros & co.) du reste.

Ici l'appellation correspondrait à une sur-BD un peu snob, super bien pour tous les gens classes qui n'aiment pas ces affreux gros nez pour les petits enfants. C'est à peine réducteur..

Planète Lointaine est un roman graphique, si le garage hermétique en est un. ;)

et au passage, un Burns au milieu de son salon c'est tout de meme classe.

Oslav Boum a dit…

Oui, Black Hole sur la table du salon, c'est beau. Pas sûr que si tu laisses le livre ouvert, tes invités apprécient toutes les images...
Quant à Planète Lointaine, ça a bigrement l'air d'un roman graphique. Va falloir l'adapter au ciné avec Jamel, Clovis Cornillac et Ludivine Sagnier aux voix.