vendredi 6 juillet 2007

Hiroshi Hirata





Performance, sacrifice de soi, concentration… Les livres d’Hiroshi Hirata mettent souvent en scène des personnages au destin héroïque, des samouraïs prêts à tout pour se dépasser. Mais le dessinateur japonais ne maquille pas à outrance la réalité d’alors pour la glorifier. S’il montre les hauts faits, il n’occulte pas les côtés désastreux. « Dans les romans historiques sur le Japon, il y a beaucoup de mensonge, ils ne parlent pas de la vie réelle des samouraïs », explique-t-il. « Je veux décrire l’existence de l’homme qui connaît la pression, les difficultés dans sa vie quotidienne, pour montrer que la vie du peuple n’a pas vraiment changé… »
Dans Satsuma, série en six volumes, Hirata cassait l’image romantique du samouraï et abordait même le problème de l’abstinence sexuelle (et ses conséquences : le viol). Dans L’âme du Kyudo qui paraît maintenant en France (mais date des années 70), il raconte comment dans un temple de Kyoto une incroyable compétition s’est instaurée. Les archers de l’époque se sont lancés le challenge suivant : faire passer en une seule journée le plus grand nombre de flèches d’un bout à l’autre du bâtiment… qui est de 120 mètres de long. Hirata qui explique en riant s’être intéressé à l’histoire du Japon pour trouver l’inspiration et gagner de l’argent (il devait subvenir aux besoins de ses cinq frères et de sa mère) a visité ledit temple où sont consignés les noms de ceux qui ont successivement battu le record. Mais le mangaka ne s’arrête pas sur la performance (le meilleur des archers a passé 8000 flèches !), il montre aussi comment le jeu a été détourné pour devenir un enjeu entre les fiefs concurrents qui consacraient des sommes énormes pour participer à l’épreuve. Les pertes humaines (au premier titre, les suicides après la défaite) concouraient également à la rendre absurde.
Au niveau de la vérité historique, s’il prend des libertés c’est pour raconter à l’échelle humaine. Ainsi, si l’histoire officielle n’a retenu que le nom des recordmen successifs, lui n’oublie pas qu’au moins cinq hommes devaient entourer l’archer pour lui passer les flèches – pour tenir le rythme, il fallait tirer trois flèches par respiration ! « Tous le faisaient au risque de perdre la vie parce que l’honneur de leur fief était en jeu ».
A 70 ans, Hirata continue de mener deux séries en alternance, se consacre à sa passion pour les projecteurs de cinéma et dessine la nuit. Pas d’assistant, entre un jour et cinq sur une planche. On l’a vu récemment au festival d’Amiens (et à Envoyé Spécial !). Un sacré mangaka, plus rigolo dans la vie que ses livres le laisseraient supposer.

L’âme du Kyudo, éditions Delcourt.



9 commentaires:

Li-An a dit…

Assez extraordinaire de voir un auteur manga en France et qui travaille tout seul dans son coin. Si on commence à bien connaître les ouvrages, la vie de ces auteurs en général corvéables à merci est assez méconnue (suffisamment pour faire fantasmer les jeunes collégiens).

Li-An a dit…

Oups, j'aurai mieux fait de dire que la thématique a l'air intéressante et qu'il est dommage que les auteurs franco/belges n'abordent pas l'Histoire de cette manière.

Oslav Boum a dit…

Oui, généralement, les bd historiques franco-belges ne sont guères passionnantes (elles me tombent des mains, en fait). Ce que je n'ai pas précisé c'est que ce manga date de 1970, un truc comme ça. Je ne sais pas quel est son statut au Japon mais ça doit aller pour lui quand même. Tu te verrais, toi, dessiner seulement la nuit ?
En tout cas, cette histoire de concours est hallucinante (une galerie de 120m...)

Li-An a dit…

Jijé se levait à 2h du mat pour avoir tout l'après midi tranquille :-) En fait, c'est un comportement assez classique pour les artistes qui aiment avoir une vie sociale (et la nuit on n'est pas dérangé).Moi, je ne dessine plus la nuit, je n'ai pas assez confiance.

Oslav Boum a dit…

J'y avais pas pensé à la vie sociale du dessinateur. Pourquoi tu n'as pas confiance ?

Li-An a dit…

Il y a une espèce de fièvre à dessiner le soir qui ne tient pas toujours toutes ses promesses le lendemain.

Oslav Boum a dit…

En même temps, ça doit être excitant de perdre le contrôle, non ?
J'ai vu que sur ton blog plusieurs de tes fans trouvaient le temps long, de combien de temps as-tu besoin pour dessiner un album ?
J'attends d'avoir lu Planète Lointaine avant de te poser des questions plus précises sur celui-là...

Li-An a dit…

Oui mais moi je dessine toujours de manière peu contrôlée (manque de rigueur oui)...Disons que j'ai surtout l'impression de faire des trucs géniaux qui se révèlent un peu foireux le matin venu.
En théorie il me faut entre 6 mois et 9 mois pour faire un album mais ce Tschaï vient après le tome 2 de Fantômes (réalisé en parallèle alors évidememnt) et qu'il se révèle surtout coriace. Le 7 était sorti en mai dernier et en théorie j'aurai donc dû sortir le 8 à cette période. Là, ça va être reporté

Oslav Boum a dit…

Hé bien repose toi bien avant de réattaquer à la rentrée !