Ouh là, ça fait quatre mois que je n’ai pas honoré ce blog fourre-tout d’une petite bafouille. J'ai des raisons valables - des livres dans les tuyaux - mais pas d'excuse. J'avais pourtant plein de choses à raconter (notamment sur le festival d'Angoulême où j'ai animé des tables rondes et des "rencontres dessinées"). Tant pis, ça reviendra dans le fil de la conversation, encore plus décousue qu'avant.
Aujourd’hui même a lieu le vernissage au Point Ephémère du maestro Killoffer à partir de 18h30 (quai de Valmy dans le 10e à Paris).
Je risque d’être méchamment à la bourre car, avant, je serai à l’Arbre à lettres, 14 rue Boulard dans le 14e, pour assister à une rencontre avec Megan Abbott.
Il y a pas dix jours, je ne connaissais pas encore cet auteur américain mais j’ai été alerté par Nicolas Richard, l’homme de goût qui a traduit son dernier roman paru chez nous, Adieu Gloria (éditions du Masque).
Le week-end dernier, petite session de rattrapage express entamée par Absente, publié il y a deux ans chez Sonatine et maintenant dispo en Livre de poche. The Song Is You (titre original) est du pur roman noir qui nous emmène à Hollywood à la toute fin des 40's.Quelques années avant l’intrigue de L.A. Confidential auquel on pense presque immanquablement (c’est un compliment).
Une starlette qui disparaît, des acteurs soupçonné d’avoir commis des horreurs…Docteur en littérature anglais et américaine, Megan Abbott n’a aucun de mal à plonger le lecteur dans l’atmosphère du roman noir à l’ancienne tout en se réappropriant ses codes.
Elle y arrive encore mieux avec Queenpin qui vient de sortir sous le titre d’Adieu Gloria. Raconté à la première personne. Une jeune fille de bonne famille partie pour être comptable saisit la première occasion pour connaître une vie tumultueuse et devient la « pouliche » de Gloria Denton, femme fatale qui bosse pour le milieu. Là (merci Nicolas !), le style de Megan Abbott s’épanouit complètement, des images en peu de mots, des raccourcis qui ont de la gueule, une musique qui reste gravée dans la mémoire.
« Joue-la en douceur et avec élégance, m’intimai-je. Bing Crosby dans un hamac ».
Autre citation. « Cette femme est destinée au panthéon des auteurs de romans noirs. Peut-être même ira-t-elle plus loin encore ». Ça, c’est d’Ellroy à propos d’Abbott.
Finissons avec quelque chose qui n’a rien à voir, le clip de Tyler The Creator et son passage chez Jimmy Fallon il y a un mois. Du hip hop californien qui ne ressemble pas à du hip hop californien, des jeunes qui ne respectent rien et écrivent leur histoire. Gracias.
C'était un matin de juillet. Fatigue, jet lag, gueule de bois… Nic Offer (4e en partant de la gauche sur l'image), le chanteur de !!! envoyé en émissaire, avait plein d’excuses ce matin-là pour être largué. Au contraire, il m'a étonné et, malgré lune bonne blague scabreuse, s’est affirmé comme un sacré client. Il ne faut pas se fier aux caractères hédoniste et euphorisant de Strange Weather, Isn’t It ?, conçu en partie à Berlin. Ce cocktail secoué dance-rock (appellation par défaut) abrite une bande d’érudits, à l’aise sur tous les terrains, dont les plus expérimentaux.
Klaxons “Flashover” 2010
"Leur premier album a été un des mes favoris niveau brit-pop. Ils ont une vraie fraîcheur, un sens de la mélodie que j’aime beaucoup. Ce morceau sonne un peu pareil que ce qu’ils ont sorti avant, sauf qu’ils ont enclenché le bouton Ross Robinson (producteur metal, impliqué sur l’album, ndr). Je ne comprends pas pourquoi ils ont travaillé avec lui. Robinson, je crois qu’il essaie de te faire pleurer en studio avant de te faire enregistrer ta partie de guitare… Il ne m’avait guère impressionné en produisant The Cure. En même temps, je crois que The Cure a arrêté il y a longtemps d’écrire de bons disques. Pour revenir aux Klaxons, ils sont sous pression et très attendus, c’est peut-être pour ça que Robinson a été sollicité… "
Einstürzende Neubauten "Haus der Lüge" (1989)
"Des punks arty avec de grandes idées… ils ne pouvaient venir que de Berlin. Bien sûr que je peux prononcer correctement le nom de ce groupe (il s’exécute, ndr) !
Ce qu’ils font nécessite quand même que tu sois dans une humeur propice. Difficile parfois d’écouter un album entier ! Mais leur musique ne m’a jamais semblé étrange.
Notre ingénieur du son à Berlin nous a raconté plein de choses sur ce groupe. Par exemple, Einstürzende Neubauten a enregistré avec le producteur Gareth Jones qui a enchaîné juste après avec Depeche Mode. Dans ses bagages, Jones avait un clavier rempli de samples de Neubauten. Ça a tellement plu aux mecs de Depeche Mode qu’ils ont composé leurs chansons pop avec. Mais leur album à eux était naze…"
Talking Heads “Zimbra” 1979
"Tu peux voir une très bonne version live sur youtube,chez David Letterman. Sur album, elle est bien, mais en live ils la jouent avec plus de muscles.
Parmi tous les groupes auxquels on a été comparé, c’est vraiment celui que je respecte le plus. Ils sont très excitants comme Bowie ou Blur, parce qu’ils ne font que de changer. Leurs rares ratés surviennent justement dans les périodes où ils n’ont pas évolué.
David Byrne peut être considéré comme un héros, il fait partie de ceux dont on continue à écouter la musique… à part peut-être son dernier projet avec Fatboy Slim. Il s’occupe aussi de Luaka Bop, un label dont certaines références ont changé ma vie. Comme le best of de Tom Zé. Quand la fille d’Allan (autre membre de !!!, ndr) est née, je lui ai acheté cinq cds dont celui-là".
Bonus
Jimi Hendrix “Mannish Boy” 1969
"C’est Jimi Hendrix ? Plutôt vers la fin, non ? J’ai des morceaux de lui dans mon Ipod. Bien sûr, quelqu’un d’important. Mon album favori a toujours été Axis Bold As Love.
Une histoire amusante, la dernière fois que j’étais à Paris, j’allais chier et je voulais y aller en écoutant de la musique, j’ai mis « Voodoo Chile » (qui dure un quart d'heure) je suis descendu au lobby en disant « i take a Voodoo Chile shit ». Voilà, mon histoire sur Hendrix...
C'est quelqu’un que tu gardes à l’esprit au titre de l’inspiration. Même si tu ne sonnes pas comme lui. Il est utilisé comme l’instrument de mesure dès qu’il s’agit de parler de quelqu’un qui utilise son instrument différemment. aussitôt c’est « man, c’est le Jimi Hendrix de l’accordéon »".
Arthur Russell “Let’s Go Swimming” (Walter Gibbons mix) 1986
"Tout le monde s’excite un peu trop à son sujet. Il a écrit de très belles chansons comme “That’s Us/Wild Combinations” mais il existe des producteurs de disco plus incroyables, auteurs, sans prétention, de morceaux plus excitants que les siens. A propos de Russell, les gens se complaisent dans le théorique : « voici du disco qui n’est pas frivole, de l’art véritable». Ce qui est vrai, c’est que le disco reste sous-estimé en tant que musique cérébrale. Alors que, à partir du moment où tu mets un beat, tu peux ajouter tout ce que tu veux, dont des choses très intellectuelles".
Aphex Twin, "Come to Daddy" 1997
"Ça fait longtemps que je n’avais pas écouté ce morceau. Non, je ne l’ai jamais rencontré. Le côté amusant d’avoir été signé sur Warp Records, ça a été de nous retrouver à côté des quelques artistes électro qui nous avaient inspirés. Comme nous venions du punk, les boîtes à rythme et les synthés n’étaient absolument pas autorisés, ce n’était pas du tout cool. Aphex Twin et Daft Punk ont été les premiers artistes techno que j’ai pu apprécier malgré mes racines punk".
David Bowie “Warszawa” 1977
"Ah, je pensais que c’était la chanson des Walker Brothers, « The Electrician », une chanson des Walker Brothers. Ce qui est bizarre avec Low, c’est que je n’ai jamais écouté sa deuxième partie.
J’aime les trucs ambient de Brian Eno mais pas quand il en composait avec Bowie, comme ici. Les mélodies sont moins subtiles, trop grandioses.
En fait, mon album berlinois préféré, c’est The Idiot. Le côté brut et primaire d’Iggy, le cerveau de Bowie, la synthèse parfaite.
En partant à Berlin, nous ne voulions pas imiter ces gens-là, ça aurait été un échec. L’idée était de ramener quelque chose de neuf.
J’aurais bien aimé que l’on collabore avec Eno, quelqu’un de Warp lui a fait suivre un de nos albums – pas mon préféré, hélas. On m’a expliqué qu’en écoutant un groupe, Eno réfléchit instantanément à ce qu’il peut lui apporter. Cela dit, qu’est-ce qu’il a cru pouvoir faire avec Paul Simon ou Coldplay ? Il est arrivé à un moment de sa carrière où il semble davantage là pour recevoir des récompenses qu’innover (au moment de l'interview, Nic semble ignorer que le prochain Eno sortira sur Warp)
En mini bonus "The Electrician" des Walker Brothers
(ci-dessous autoportrait d'Hokusai que l'on trouve au musée du Louvre)
Ça sert toujours à quelque chose d’être un ignare. On peut découvrir à n’importe quel moment un artiste à la carrière phénoménale, être ébloui par ses œuvres toute une journée. puis les semaines qui suivent. Après, faut pas clamer trop fort - "je viens de de faire connaissance avec un génie mort il y a trois siècles… ah, tu, il est connu ?". Ou alors adopter l'humble position de l'inculte et se flageller à coups de bambou en se repentant. Troisième solution : se foutre de son ignorance et se féliciter d'être enfin en contact avec ladite oeuvre.
C’est ce qui m’est arrivé – l’ignare c’est moi et plutôt deux fois qu'une– dimanche dernier en lisant le manga de Shotaro Ishinomori retraçant la vie d’Hokusai, maître de l’estampe japonaise du XVIIIe-XIXe siècle. Sur près de six cent pages, y est donc racontée la folle vie d’Hokusai, dessinateur et artiste éternellement insatisfait qui n’a cessé de chercher son style et, pour symboliser ces étapes, a changé de nom à tour de bras (il aimait signer « le vieux fou de la peinture »).
Ishinomori (mort en 1988 !) dont le style est dynamique et formidable, montre l’exigence du jeune peintre et graveur, ses aspirations, les travaux alimentaires puis le moment où il devient un auteur à la mode. Ses peintures érotiques lui valent pas mal de groupies, son nom est sur toutes les lèvres, il fait école, a des disciples. Mais très vite, il casse tout, offre son nom de vedette à un autre pour mieux redémarrer. Non seulement ce manga est passionnant mais il laisse voir au détour des pages des œuvres du vrai Hokusai. Un peu comme si Li-An, David B ou Emmanuel Guibert dressait la vie de Gus Bofa en reproduisant ses dessins…. Enfin, au sujet d'Ishinomori, je n'ai pas encore compris s'il a inclus des vraies reproductions ou a carrément imité les estampes originales.
En effet, les estampes d'Hokusai étaient en couleur, au contraire du manga - ignorant, je vous ai prévenu. Ici, un classique - on me l'a dit -d'Hokusai (personne ne suit, bon sang) : "La grande vague de Kanagawa" ("la vague", pour les pressés), premières estampe d'une série de 46 intitulée Les 36 vues du mont Fuji" - vers la fin de sa vie, Hokusai a fait une fixette sur le mont Fuji, entrainant ses disciples interloqués qui n'y comprenaient rien. Ici, autre classique mais bien plus vieux, quand Hokusai était dans la force de l'âge et emballait comme un malade, sa veine érotique et troublante : "Le rêve de la femme du pêcheur"
Retour au chemin de l’ignare… Refermant le livre, je me dis : incroyable, cet Hokusai ! M'étonne, les historiens de l’art affirment qu’il a influencé Monet, Gauguin, Van Gogh, des artistes avec qui - j'en fais une affaire personnelle - je ferai bientôt plus ample connaissance...
Pour en voir plus d'Hokusai, ici une exposition virtuelle grâce à la B.N.F. !
Poursuivons maintenant avec Ishinomori qui, en plus d’être le créateur de San Ku Kai (oui, « c’est la bataille »*), a aussi à son actif des palanquées de pages de manga .
Cet ancien disciple de Tezuka – ce qui explique la parenté de leurs traits – a publié Cyborg 09, édité en France depuis l’année dernière – pas encore lu – mais aussi les aventures de Sabu & Ichi. Imaginez, à l’époque d’Edo –ancien nom de Tokyo, entre le XVIIe et XIXe siècle - un jeune détective, Sabu, à qui échoient tous les crimes un peu crapuleux. Heureusement, il est aidé par Ichi, un aveugle et vrai champion du sabre dont le vrai métier est…. masseur. Entre 1966 et 1972, Ishinomori a raconté leurs histoires sur un canevas maintes fois reproduit – découverte du crime, intervention des héros, réflexion autour d’un jeu, le shogi (les échecs japonais, grosso modo) mise à l’index du ou des coupables, bonne séance de baston sanglante à l’issue duquel nos deux héros toujours triomphent… Répétitif ? Of course. Cette routine -les histoires courent sur une trentaine ou une soixantaine de pages - peut autant séduire que lasser. Perso, j'y trouve le charme d'un Spirit japonais, avec ce mélange entre les ingrédients comiques -voire cartoonesques - et des personnages fantastiques (même si, à la révélation, il ne reste plus que des motifs bassement humains).
Plus on avance dans le recueil (1200 pages), plus Ishinomori montre une inventivité incroyable pour exploser son carcan, se servant avec beaucoup de poésie de motifs graphiques comme des boucles, des repères. Ci-dessous une double page où l'on voit Ichi en flashback (les pages ont été noircies volontairement par un esprit malin)
* Allusion à ce satané refrain entré dans le disque dur des plus de trente-cinq ans
Dans la série "Ils sont fous ces mangakas"....
L’imagination de certains me sidère. Rien ne leur fait peur, les scénarios les plus invraisemblables, les mélanges des genres les plus casse-gueule… ils foncent et parviennent à t’emmener dans leur monde tordu. L’intrigue de Death Note était déjà pas mal twisted et morbide mais Deadman Wonderland la bat (presque) à plate couture.
D’abord, il y a un pitch plus que complexe : l’histoire d’un gamin accusé d’avoir tué tous ses camarades de classe – sauf que c’est pas vrai, le coupable c’est un mystérieux «homme en rouge » - et se retrouve dans un prison ouverte au public. A l’intérieur, on y meurt joyeusement tandis que les spectateurs croient que c’est du chiqué, on inocule un poison aux prisonniers qui, s’ils n’avalent pas un antidote tous les trois jours, perdent la vie. Bien sûr, la matonne en chef est sexy et cruelle, le personnage principal cache en lui un super-pouvoir et – j’oubliais – Tokyo a été ravagé dix ans plus tôt par un tremblement de terre…Très gore et intrigante, cette série a son trailer...
Bien plus sage mais très instructive, voici Bakuman, la nouvelle série de Tsugumi Ohba et Takeshi Obata, les auteurs de "Death Note" qui, là, nous montrent de l'intérieur la vie de la revue de référence au Japon, le Weekly Shônen Jump où ont été prépubliées Death Note, Naruto, et plein d'autres. Pour enrober ça, les auteurs ont utilisé un peu de guimauve mais ça fonctionne très bien. L'occasion de s'immerger dans une industrie narrative fascinante.
Et pour finir avec de la musique, le nouveau clip de Don Rimini, le producteur electro dont chaque sortie est à guetter. La vidéo est bourrée d'images subliminales à repérer...
Deux moments de live, qui n'ont rien à voir, d'abord l'extraordinaire medley hip hop auquel se sont livrés Justin Timberlake et Jimmy Fallon dans le show du second. Avec les Roots en backing band, ça aide mais quand même... La prestation de Fallon est presque plus impressionnante que celle de Justin...
Et puis un souvenir de Nérac et des 3e rencontres Chaland, avec "Appellation contrôlée", chantée par Joost Swarte avec Charles Berberian et JC Denis. J'étais là et ça a été le tube de la soirée. Mais bon, on a fini à l'armagnac, ça aide...
Une vidéo de 2008 prise lors d'un concert des Queens Of The Stone Age, un truc quasi terrifiant où le leader du groupe Josh Homme pointe du doigt un gamin dans le public parce qu'il lui aurait lancé des saloperies. Devant un public enthousiaste, la sécu s'occupe de lui amener en pâture le coupable.
L'expo attendue par tous les fans d'Hendrix est ouverte depuis mercredi. La boutique Renoma accueille ainsi des photos d'une dizaine de photographes : Jean-Noël Coghe (auteur de la fameuse qui inspira Moebius), Alain Dister (qui amena Jimi aux puces de Clignancourt), Claude Gassian, Bob Lampard, Jean-Pierre Leloir, Gered Mankowitz (un livre chez Fetjaine éditions sort, réunissant deux de ses sessions), Dominique Petrolacci, Jean-Louis Rancurel, Christian Rose et Dominique Tarlé.
Bien plus de photos sur le blog de Maurice Renoma.
Et sinon un peu d'autopromo :
Il y a quelques semaines encore je parlais un drôle de langage. A force d'écouter, réécouter, disséquer, je me suis mis à parler en riffs de Jimi Hendrix ("est-ce que tu woiing woing woning ?"). Juste après, j'ai été interné une semaine le temps que je reprenne mes esprits. J'avais une excuse : je planchais sur ce livre qui sort cette semaine. Oui, une bio de plus. Non, pas de scoop. Ce livre n'est pas destiné en priorité aux maniaques du natif de Seattle, d'ailleurs. Face à ce sujet, ce héros des plus inspirants, j'ai essayé de retracer son histoire avec le plus de fidélité et de recul, essayer de voir derrière le folklore tout en respectant la légende. J'ai pris beaucoup de plaisir et perdu une partie de mes tympans.
Jimi Hendrix - Electric Life -City Editions - 290 pages - 18 euros
Pour ne pas en rester là : le passage de l'Experience chez Lulu avec "Voodoo Chile" et "Hey Joe" qui part direct en cacahuète avant de... surprise. (Faut passer bien sûr le barbu du début)
L’autre nuit, en réécoutant l’étonnant album de Philip Selway, le batteur de Radiohead, qui fait un convaincant coming-out de songwriter…
(ici, on le voit avec Neil Finn, parce qu'ils ont travaillé ensemble sur un projet collec-carita-tif)
... je suis tombé sur cet article un peu triste consacré à Herbie Hancock. Cela m'a rappelé la fois où je l'ai interviewé pour un de ces derniers albums intéressants, Future 2 Future. Rencontre archi-décevante face à un musicien vivant sur son nom et se foutant en partie de l'album qu'il publiait - de fait, il était intervenu à la dernière minute sur Future 2 Future, conçu en grande partie par Bill Laswell, grand ordonnateur d'un chantier impliquant Carl Craig, A Guy Called Gerald...
Entendons nous bien, mr Hancock mérite cent fois le respect. C'est un des musiciens, qui comme Coltrane, Wayne Shorter, Bill Evans et bien d'autres a accompagné Miles Davis.
(ici en 1963, regardez le batteur Tony Williams, il a 17 ans)
Un de ceux qui a ouvert des brèches, ramené le groove dans le jazz, pavé la voie à la techno.
(ici, "Chameleon" avec les Headhunters)
Un extrait de Sextant, album sidérant de 1973, Carl Craig avant l'heure...
Mais, quand je l'ai rencontré en 2001, Herbie Hancock n'avait déjà plus rien à dire, ni sur sa musique, ni dans sa musique. Ce jour-là, il dédicaçait à la chaîne des piles de cds (pour la maison de disques allemande, me précisait-il) pendant que j'essayais de lui extirper quelques bribes. Non, il n'avait pas toujours rencontré Carl Craig qui figurait pourtant sur son album ("pas le temps''), n'avait pas écouté non plus le coffret In A Silent Way qui venait de sortir, confessait ne plus avoir le temps d'écouter de musique - apparemment, il manquait aussi de temps pour la sienne. Puis est arrivé un jeune collègue enthousiaste qui portait ses seules questions sous le bras : quelques vinyles qu'il voulait faire dédicacer. Inutile de dire que la fin de cette interview a atteint des sommets d'indigence...
Bref, comme il le précise dans l'article de Libération, Herbie se consacre maintenant au format chanson. Son album s'appelle The Imagine Project avec donc une reprise d'"Imagine" interprétée avec la complicité délicieuse de Pink et de Seal. Vous pouvez en écouter quatre extraits ici... Si une chape de tristesse ne vous tombe pas sur les épaules, si vous n'avez pas envie de vous saisir d'une tronçonneuse ou d'écouter "Sheena Is A Punk Rocker" après quelques secondes de cette horreur, éteignez votre ordinateur et attendez de reprendre vos esprits. Et ne revenez plus jamais ici...
Sur la même chanson, il y a certes-aussi-pourquoi pas Jeff Beck, Konono et India Arie, Oumou Sangare. Mais rien que l'idée d'entendre les timbres de Pink et de Seal se mêler pourrait justifier de remonter dans le temps pour empêcher cet enregistrement. Le pauvre Lennon n'imaginait sans doute pas combien son hymne à la paix servirait d'alibi à toutes ces atrocités dignes des Enfoirés. Forcément, quelques secondes de cette purulence pacifique doivent être écoutables... mais voir Herbie Hancock laisser sa propre musique en perdition ne cesse de me navrer...
Pendant ce temps, le nouveau clip de Flying Lotus émerveille - c'est avec lui qu'Herbie devrait collaborer s'il en avait encore à foutre de la musique....
Flying Lotus que l'on retrouve sur la BO de Rubber, le prochain Quentin Dupieux qui a l'air bien barré comme l'étaient le Non Film et Steak. L'histoire d'un pneu qui prend vie ! Pour contraster avec le rythme lent du film, Dupieux a composé une musique surspeedée avec Gaspard de Justice et demandé à Fly-Lo un remix. Les morceaux s'écoutent plus bas.
Je suis journaliste. Après avoir été trois ans chef de rubrique musique à Rolling Stone, j'écris actuellement sur la musique (pour les magazines KR Homestudio, Spray, Amusement, les hors série des Inrocks).
J'ai écrit un livre avec/sur Christophe Miossec, En Quarantaine aux éditions Flammarion et suis directeur d'ouvrage de ROCK STRIPS avec plein d'auteurs fabuleux (voir www.rockstrips.com) Dernier livre paru : "Rock Strips Come Back" aux éditons Flammarion.