mardi 6 novembre 2007

Spirou, Chaland, Yann et Schwartz


Pour tous les amateurs d’Yves Chaland, à l'oeuvre toujours culte et de manière générale pour les lecteurs de bande dessinée, la nouvelle est d’importance : Spirou va définitivement entrer dans l’âge adulte. Je fais simplement allusion à la sortie l’année prochaine (normalement) d’un épisode de la série Spirou & Fantasio sur fond d’occupation allemande, scénarisé par Yann et dessiné par Olivier Schwartz.
En demandant à des auteurs comme Dodier (Jérôme K Jérome Bloche) de s’approprier les fameux personnages*, les éditions Dupuis ont entamé une tentative de déniaisement qui n’est pas sans me déplaire. Avec le tandem Yann-Schwartz, elles vont plus loin puisqu’on y verra Spirou cirer littéralement les bottes de nazis ! Le regret tient au timing : cette histoire aurait pu sortir il y a près de vingt ans, dessinée par Yves Chaland pour le cinquantenaire de Spirou (en 1988). Le créateur du Jeune Albert et Yann avaient en effet bien avancé sur ce même projet lorsque un changement à la tête de Dupuis mit fin un terme à ce rêve (pour laisser champ libre à Tome et Janry, des artistes avec un « a » minuscule en comparaison). On retrouve la genèse de cet épisode avorté (Le Groom vert-de-gris), dans Les Inachevés de Chaland, beau coffret datant maintenant de 1993, au prix pas donné mais il le mérite (c'était le cadeau de Nöel de l’année dernière d'un dessinateur pas trop "ligne claire").

Chaland aura vu ses projets de reprise de Spirou interrompus trois fois, la première datant de 1982, Spirou au Bocongo publié pendant un an en strips dans le journal de Spirou avant d’être injustement interrompu. Il faut dire que la publication simultanée d’épisodes signés Chaland, Tome et Janry et enfin par Nic Broca et Cauvin devait perdre un peu les jeunes lecteurs.
Ce Spirou « bénéficiera » de quatre éditions pirates avant d’en avoir une vraie, une belle, avec les deux volumes de Cœurs d’acier, dont l’un était inédit (Spirou et Fantasio n’y sont pas nommés pour des raisons de droit). Cœurs d’acier, depuis, a enfin été adoubé et figure, bien que l’histoire soit restée inachevée, dans un album hors-série de Spirou chez Dupuis (ainsi que dans l'intrégrale de Chaland), deuxième volume non compris. A la relecture, on retrouve l’ironie chère à Chaland dans ce magnifique Spirou en bichromie où les à-côtés (une indigestion, etc. ) prennent le pas sur l’action principale.

Revenons à Spirou au service des nazis (mais bien sûr résistant caché). Yann a apparemment ressorti le scénario mis au point avec Chaland. Au vu des premières planches dévoilées sur le site http://www.expressbd.com/ , même si ça ne sera pas du Chaland, Olivier Schwartz (interviewé en avril par l’excellent site De Klarelijn International, consacré comme son nom l’indique à « la ligne claire »), assure quand même grave (même si ça ne sera pas du Chaland… dont les fans seront bien avisés, si ce n’est pas encore le cas, de fréquenter cet endroit).
J'allais presqu'oublier que le premier Spirou de Yann est actuellement publié par le journal du même nom, dessiné par Tarrin : Le Tombeau des Champignac, en album à la fin du mois... Gasp !
*N’ayant pas lu cet album, je n’en dirai rien.

We Want Saul (Williams)


Le fait que cet idiot de 50 Cent soit cent fois plus connu et influent que Saul Williams me sidère. Après, je me rappelle dans quel monde on vit. Il n’empêche : il y a de l’injustice à ne pas voir Williams, charismatique et intelligent, devenir ce Martin Luther King qui pourrait lever les foules. Aux Transmusicales de Rennes, il y a presque dix ans maintenant, quelques heures avant qu’il ne donne un concert incroyable et hypnotique (rythmique rock, guitariste et violoncelliste !), j’avais eu la chance de rencontrer cet homme de mots. Je l’avais gentiment charrié sur le titre de son premier album, Amethyst Rockstar, raillant surtout ce « rockstar » qui, malgré le jeu de mot avec améthyste, me semblait bêtement déplacé, un peu Bon Jovi. Il m’avait répondu d’une traite : « tu sais, certains pour être des stars ont besoin de projecteurs. Moi, je suis le projecteur ».
Je m’égare. Révélé par le film Slam, il a sorti deux albums puissants, entre hip hop et rock, avant-garde et groove qui lui ont assuré un début de reconnaissance. 1er novembre, il lâche The Inevitable Rise And Liberation Of Niggy Tardust !, conçu avec Trent Reznor de NIN qu’il considère comme un “grand frère”. Imitant Radiohead, il propose de le télécharger pour 5 dollars ou pour rien (http://www.saulwilliams.com/) “Survivalism Opalhear”, le premier morceau à écouter sur sa page myspace sonne exactement comme l’addition « Saul Williams + Nine Inch Nails ». Ce qui, vu la forme récente de mr Reznor n’est pas non plus très encourageant. Mais je crois en Saul.
www.myspace.com/saulwilliams

Correctif :
Le premier novembre dernier alors que la plupart s’apprêtaient à célébrer la Toussaint ( ?), je piaffais d’impatience en ouvrant mes mails. Car après s’être acquitté de 5 dollars, il fallait attendre cette date fatidique pour télécharger en très bonne qualité The Inevitable Rise And Liberation Of Niggy Tardust ! (on peut aussi le downloader pour rien). Un album qui me fait mentir : la fusion entre la voix de Saul et les guitares rageuses chères à Mr Trent « I need a autobronzant » Reznor, entre son flow hypnotique et les colifichets synthétiques fonctionne, formant un magma sonore qui sert de manière bouillante le militantisme poétique et tenace de Saul. La reprise de "Sunday Bloody Sunday" (oui, de U2) s’avère assez attachante (même si anecdotique sur le fond). Sommets de l’album, “Niggy Tardust” ou “Black History Month”.
Pourtant l’instant pas de vidéo. On se contentera de rappels furieux, d'abord "Lists Of Demand", coup de poing d'il y a deux ans, puis "Coded Language", un des sommets du répertoire poétique de Saul qu'il a interprété ici il y a déjà pas mal de temps sur fond de scary drum'n'bass (celle de DJ Krust, collègue de Roni Size - que font-ils d'ailleurs tous ceux là, ils tournent en boucle ?). On retrouve ensuite "Coded Language" acapella, exécuté lors du Def Poetry Jam avec en guise de présentateur Mos Def.

Enfin, ici
Ici, un extrait de concert tout en crescendo apocalyptique avec Zach La Rocha à la batterie.

Saul Williams - List of Demands

Def Poetry Jam - Saul Williams (Coded Language)

vendredi 2 novembre 2007

Pietrolino, la déception


Depuis la sortie en français du dernier Harry Potter, il est assez réjouissant de croiser dans la rue des gamin(e)s qui se baladent avec leur exemplaire OUVERT. Une belle impatience. On ne pourra pas les imiter avec Pietrolino, album de Jodorowsky et de Boiscommun et qui vient de sortir chez les Humanos. Déjà, gros handicap, le format ne s’y prête pas. Surtout, le récit souffre d’un tel manque de densité que lui consacrer plus de dix minutes tient du record (mon seul élément de comparaison est privé : c’est le temps que, séparément, mon amie et moi avons pris pour le « lire »). Pourtant, l’histoire d’un mime dédiée (et destinée) au Mime Marceau aurait dû inspirer le grand Jodo qui s’y connaît en écran de fumée ésotérique. Las, l’histoire, mlalgré son contexte historique fort (celui de la 2e guerre mondiale et de l’occupation nazie) tient sur un quart de nappe et là où La Femme du Magicien écrite par Jerôme Charyn et dessinée par Boucq (par exemple) saisissait par le parfum étrange qui se dégageait, c’est principalement l’ennui qui règne dans ce premier tome vite torché à l’intrigue simpliste. Le dessin de Boiscommun, à mes yeux maladroit, caricatural et presque laid, n’arrange rien…
Ce qui est frustrant, c’est qu’il y a plus à dire de la génèse du livre que du livre soi-même. En effet, Jodorowsky avait écrit le scénario pour le Mime Marceau qui devait le transformer en spectacle. Faute de financement, il ne sera jamais monté et l’histoire de Pietrolino a dormi pendant une dizaine d’années avant d’être proposé à Olivier Boiscommun.


Ici pour voir des images du livres.

jeudi 1 novembre 2007

Jukebox : Mando Diao


Coup de cœur de pure pop, comme elle s’écrit et se chante dans l’Angleterre mythifiée (de The Kinks à The Coral, en passant par les Beatles ou The La’s). D’accord, les cinq de Mando Diao sont suédois mais ils maîtrisent ça comme une première langue. Arrangements aux petits oignons, concision, des mélodies fortes et des paroles qui font résonance au Brian Wilson de “I Just Wasn’t Made For These Times”. Je ne peux déjà plus me passer de cet attachant album, Never Seen The Light Of The Day. Qui n’est pas leur premier mais il vaut mieux profiter directement de cette fontaine de jouvence pop.

Plus bas, la vidéo du premier single, entre vidéo de surf et Pierre La Police, ici d'autres titres enchanteurs à écouter. Plus, pour ceux qui se sentent l'âme de fans en puissance, ici le quartier général de leurs fans français.

Mando Diao - If I Don't Live Today...