
(Je voulais me lancer dans un grand exposé sur Alan Moore, essayer de démonter ces séries en plein de petits cubes. Et puis voilà, pas le temps, donc j’envoie en éclaireur Tom Strong 3 qui vient juste de sortir en France (on attend la suite, publiée depuis belle lurette en anglais)…
S’il est surtout connu du grand nombre pour From Hell et V for Vendetta, le grand raconteur d’histoires Alan Moore a aussi révolutionné l’univers des super héros, en agrandissant leur zone d’ombre jusqu’à ce que le regard du lecteur devienne ambigu devant des personnages mentalement instables, parfois peu recommandables, fascinés par l’autorité fasciste. La déchéance des super héros –comme Frank Miller l’a raconté avec Batman – était à la base de Watchmen. Moore et Dave Gibbons, le très bon dessinateur, montraient des héros fatigués et très humains. Ce qui est assez singulier, c’est que Moore a opéré ensuite une sorte de mouvement inverse. Après avoir déconstruit le mythe du super héros, il a voulu revenir à une pureté des codes, à une sorte d’âge d’or qu’il s’efforce de réécrire (en gommant les scories idéologiques). Ce qui précède est bien sûr un raccourci, les publications de Moore sont tellement nombreuses, les thèmes traités foisonnants et s'entrecroisant.
Avec Tom Strong, créé en 1999, Moore poursuivait d’une certaine manière ce qu’il avait opéré sur la série Supreme (qu’il n’avait pas créée), donnant autant dans la parodie que dans l’hommage. Tom Strong est un condensé de plusieurs personnages qui ont marqué l’histoire des comics : de Doc Savage, héros de pulps publiés dans les années 30 et 40 à Tarzan ou Superman. Elevé par ses parents en chambre à haute gravité dans une île des mers du Sud, il devient, grâce à cette éducation spartiate ce personnage quasi-invincible que son père désirait. Recueilli par une tribu après la mort de ses parents, il se marie avec la fille du chef, mène une vie de famille tout en traversant les époques – vu sa condition parfaite, il atteint des records de longévité. Sa femme Dahlua et sa fille Tesla bénéficiant également d’une vitalité et d’une éternelle jeunesse, c’est souvent en famille que Tom Strong vit ses aventures.
Dans les trois volumes de Tom Strong publiés en France (le dernier est sorti en plein été chez Panini Comics, il en reste encore trois), Moore et le dessinateur Chris Sprouse (trait bien dynamique, mouvement bien rendu, du solide) s'emparent ainsi les clichés du genre (la méchante pin-up nazie, le méchant Paul Saveen) tout en les traitant selon des angles originaux. Au lieu de se déployer sur des centaines de pages, les histoires de Tom Strong intègrent ainsi la propre mythologie de Tom Strong (presque) comme un personnage à part entière. Les flashback permettent donc d’étoffer l’intrigue de manière exponentielle, les « monstres » sont bien plus complexes que ceux des comics vraiment old school.
Au final, Tom Strong est une série maligne, un divertissement plus sophistiqué que l’utilisation des clichés précités pourrait le laisser supposer.
Bientôt plus sur Alan Moore… peut-être.
S’il est surtout connu du grand nombre pour From Hell et V for Vendetta, le grand raconteur d’histoires Alan Moore a aussi révolutionné l’univers des super héros, en agrandissant leur zone d’ombre jusqu’à ce que le regard du lecteur devienne ambigu devant des personnages mentalement instables, parfois peu recommandables, fascinés par l’autorité fasciste. La déchéance des super héros –comme Frank Miller l’a raconté avec Batman – était à la base de Watchmen. Moore et Dave Gibbons, le très bon dessinateur, montraient des héros fatigués et très humains. Ce qui est assez singulier, c’est que Moore a opéré ensuite une sorte de mouvement inverse. Après avoir déconstruit le mythe du super héros, il a voulu revenir à une pureté des codes, à une sorte d’âge d’or qu’il s’efforce de réécrire (en gommant les scories idéologiques). Ce qui précède est bien sûr un raccourci, les publications de Moore sont tellement nombreuses, les thèmes traités foisonnants et s'entrecroisant.
Avec Tom Strong, créé en 1999, Moore poursuivait d’une certaine manière ce qu’il avait opéré sur la série Supreme (qu’il n’avait pas créée), donnant autant dans la parodie que dans l’hommage. Tom Strong est un condensé de plusieurs personnages qui ont marqué l’histoire des comics : de Doc Savage, héros de pulps publiés dans les années 30 et 40 à Tarzan ou Superman. Elevé par ses parents en chambre à haute gravité dans une île des mers du Sud, il devient, grâce à cette éducation spartiate ce personnage quasi-invincible que son père désirait. Recueilli par une tribu après la mort de ses parents, il se marie avec la fille du chef, mène une vie de famille tout en traversant les époques – vu sa condition parfaite, il atteint des records de longévité. Sa femme Dahlua et sa fille Tesla bénéficiant également d’une vitalité et d’une éternelle jeunesse, c’est souvent en famille que Tom Strong vit ses aventures.
Dans les trois volumes de Tom Strong publiés en France (le dernier est sorti en plein été chez Panini Comics, il en reste encore trois), Moore et le dessinateur Chris Sprouse (trait bien dynamique, mouvement bien rendu, du solide) s'emparent ainsi les clichés du genre (la méchante pin-up nazie, le méchant Paul Saveen) tout en les traitant selon des angles originaux. Au lieu de se déployer sur des centaines de pages, les histoires de Tom Strong intègrent ainsi la propre mythologie de Tom Strong (presque) comme un personnage à part entière. Les flashback permettent donc d’étoffer l’intrigue de manière exponentielle, les « monstres » sont bien plus complexes que ceux des comics vraiment old school.
Au final, Tom Strong est une série maligne, un divertissement plus sophistiqué que l’utilisation des clichés précités pourrait le laisser supposer.
Bientôt plus sur Alan Moore… peut-être.

