mercredi 5 septembre 2007

Tom Strong 3


(Je voulais me lancer dans un grand exposé sur Alan Moore, essayer de démonter ces séries en plein de petits cubes. Et puis voilà, pas le temps, donc j’envoie en éclaireur Tom Strong 3 qui vient juste de sortir en France (on attend la suite, publiée depuis belle lurette en anglais)…

S’il est surtout connu du grand nombre pour From Hell et V for Vendetta, le grand raconteur d’histoires Alan Moore a aussi révolutionné l’univers des super héros, en agrandissant leur zone d’ombre jusqu’à ce que le regard du lecteur devienne ambigu devant des personnages mentalement instables, parfois peu recommandables, fascinés par l’autorité fasciste. La déchéance des super héros –comme Frank Miller l’a raconté avec Batman – était à la base de Watchmen. Moore et Dave Gibbons, le très bon dessinateur, montraient des héros fatigués et très humains. Ce qui est assez singulier, c’est que Moore a opéré ensuite une sorte de mouvement inverse. Après avoir déconstruit le mythe du super héros, il a voulu revenir à une pureté des codes, à une sorte d’âge d’or qu’il s’efforce de réécrire (en gommant les scories idéologiques). Ce qui précède est bien sûr un raccourci, les publications de Moore sont tellement nombreuses, les thèmes traités foisonnants et s'entrecroisant.
Avec Tom Strong, créé en 1999, Moore poursuivait d’une certaine manière ce qu’il avait opéré sur la série Supreme (qu’il n’avait pas créée), donnant autant dans la parodie que dans l’hommage. Tom Strong est un condensé de plusieurs personnages qui ont marqué l’histoire des comics : de Doc Savage, héros de pulps publiés dans les années 30 et 40 à Tarzan ou Superman. Elevé par ses parents en chambre à haute gravité dans une île des mers du Sud, il devient, grâce à cette éducation spartiate ce personnage quasi-invincible que son père désirait. Recueilli par une tribu après la mort de ses parents, il se marie avec la fille du chef, mène une vie de famille tout en traversant les époques – vu sa condition parfaite, il atteint des records de longévité. Sa femme Dahlua et sa fille Tesla bénéficiant également d’une vitalité et d’une éternelle jeunesse, c’est souvent en famille que Tom Strong vit ses aventures.
Dans les trois volumes de Tom Strong publiés en France (le dernier est sorti en plein été chez Panini Comics, il en reste encore trois), Moore et le dessinateur Chris Sprouse (trait bien dynamique, mouvement bien rendu, du solide) s'emparent ainsi les clichés du genre (la méchante pin-up nazie, le méchant Paul Saveen) tout en les traitant selon des angles originaux. Au lieu de se déployer sur des centaines de pages, les histoires de Tom Strong intègrent ainsi la propre mythologie de Tom Strong (presque) comme un personnage à part entière. Les flashback permettent donc d’étoffer l’intrigue de manière exponentielle, les « monstres » sont bien plus complexes que ceux des comics vraiment old school.
Au final, Tom Strong est une série maligne, un divertissement plus sophistiqué que l’utilisation des clichés précités pourrait le laisser supposer.
Bientôt plus sur Alan Moore… peut-être.

Twin Peaks parody in The Simpsons

Demain, le feu marche avec moi


Comme annoncé il y a cent mille ans, sortie française demain du premier coffret Twin Peaks. On ne va pas se répéter et prétendre que c’est la meilleure série jamais réalisée. Tranquillement, je m’achemine vers une 7e vision et je n’ai toujours pas compris qui a tué Laura Palmer… Sans blague, impossible de s’en lasser.

Depuis pas mal de temps, les fous de Twin Peaks bénissent (même s’ils sont athées) ce fan américain qui s’est rendu sur les lieux de tournage. Son blog est magique.
http://www.intwinpeaks.com/

Plus bas, le générique du début et au-dessus une parodie des Simpsons (quelle intelligence dans la parodie, bravo).

PS Li-An a dû finir son prochain livre en vitesse car il vient de le recevoir et va hiberner pendant des semaines, se repassant inlassablement les scènes où Audrey Horne danse...

Twin Peaks Intro

Le générique dont on ne se lasse jamais. Surtout que tout est présent, là, sous nos yeux.

mardi 4 septembre 2007

Benjamin Biolay-Dans La Merco Benz

La métamorphose (?) de Biolay

Notre époque est celle des apparences qui cachent les béances, du carton pâte érigé en carapace. D’où la volonté de Benjamin Biolay de faire croire à une version de lui différente de lui-même. Ça a commencé pendant l’été avec une couve de Technikart sur laquelle Biolay, l’air teigneux, proclamait sa détestation de la chanson française. Allusion au livre de Luz, Je déteste la chanson française, livre qui le brocardait gentiment aux côtés de Vincent Delerm, Cali et plein d’autres. Apparemment, si Delerm avait bien pris la chose – au moment de la promotion de son dernier album, tout le monde lui en parlait – apparemment, Biolay a été moins souple. D’où cette posture, cette protestation : « hé moi aussi, je déteste la chanson française ». Je n’ai pas lu ledit Technikart mais j’imagine que Biolay devait s’ingénier à parler d’electro, de groupes de rock branchés ou de compositeurs classieux. J’imagine, hein. Bizarrement donc, il voudrait se démarquer de cette chanson française qui a employé ses services depuis une dizaine d’années, de Salvador à Juliette Gréco. Ça le regarde. Plus bizarrement encore, je sens naître une campagne médiatique pour valider cette pseudo-métamorphose dark. Alors que si on écoute son nouvel album Trash Yéyé (le précédent était plus rock mais le maquillage n’a pas tenu), on entend bien de la chanson française, habilement arrangée, aux textures sonores un peu originales qui donnent certes du relief à l’ensemble mais ne contredisent pas le postulat de base – Biolay fait de la chanson et lui ne peut pas l’accepter. Pourtant il n’y a rien de honteux. Biolay possède un vrai talent de mélodiste ce qui n’empêche pas ses chansons de manquer définitivement d’âme (les sentiments sont glacés). Ça reste son problème, insoluble. Et il peut inclure « pétasse » dans ses paroles ou jouer au serial killer (référence à un album passé), il ne pourra rien y changer.
Attention, rien de personnel, c’est un grand artisan de la chanson. Il faut réécouter par exemple le premier album de Keren Ann pour s’en apercevoir : de la musique sensible et légère, des chansons qui touchent.
Voici le clip de son nouveau single, agréable sans laisser de trace, clip que l’on peut voir surtout pour Julie Gayet.

jeudi 30 août 2007

Mes livres de l’été 8/11


J'ai carrément oublié un numéro de ma série débile, j’ai trop lambiné – on n’est plus en été et tout le monde rentre de vacances. Je vais tout de même finir.

René Barjavel : La Peau de César
Barjavel était un grand raconteur d’histoires qui se jouait des genres. Il a touché à la science-fiction, au roman d’amour, médiéval, à tout. La Nuit des temps, Ravage, Une Rose pour le paradis, Le Voyageur imprudent (pièce de théâtre sur le voyage temporel), Le Grand Secret et on en passe parce qu’il a été très prolifique. Pour cette raison ( ?), il me semble déconsidéré. Alors qu’il y a tant d’idées dans sa bibliographie - de la littérature populaire intelligente qui fait réfléchir.
Contradiction immédiate : La Peau de César, un de ses derniers romans, est un polar complètement anecdotique qui divertit cependant. Barjavel l’a écrit pour rendre hommage à la mise en scène de Jules César par Raymond Hermantier aux arènes de Nîmes en 1950. Trente ans plus tard, la pièce de Shakespeare est donnée de nouveau dans les arènes, la police et le nouveau metteur en scène reçoivent une lettre anonyme annonçant la vraie mort de César, donc de son interprète.
Grâce à des détails cocasses, une mécanique bien huilée et un chute qui coule, un livre plaisant qu'on oublie après avoir rigolé. Après, pourquoi celui-ci plutôt qu’un autre ? On ne se pose pas la question en vacances.